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LES BIOGRAPHIES > Werner Nold

NOLD, Werner, monteur, chef opérateur, réalisateur (Samaden, Suisse, 1933). Il arrive au Québec en 1955 avec, en poche, une maîtrise en photographie. Aussitôt, il travaille au SCP comme cameraman, photographe, puis réalisateur de séries pour la télévision. À l’emploi de Nova Films, il fait notamment le montage sonore de films de l’abbé Maurice Proulx. Toutefois, Nold a tôt fait d’opter pour le montage visuel, métier qu’il exerce à l’ONF dès 1961. Par la suite, il travaille à peu près exclusivement pour cet organisme. Il termine d’abord le montage de Manger (G. Carle et L. Portugais, 1961, c. m.), puis monte le premier film de Gilles Carle, Dimanche d’Amérique (1961, c. m.), de même que Champlain (1964, c. m.) et La route de l’Ouest (1965, c. m.) de Denys Arcand. Il apporte aussi sa contribution à un film qui marque l’histoire du documentaire à l’ONF, Pour la suite du monde (M. Brault et P. Perrault, 1963), mais qui n’en emprunte pas moins la construction d’une fiction. Déjà, Nold prend plaisir à insérer dans la structure des séquences autonomes, petits films dans le film (le circuit fermé à la fin de 60 cycles, J.-C. Labrecque, 1965, c. m.; la séquence des poulets dans La poursuite du bonheur, M. Lanctôt, 1987). Puis il monte La vie heureuse de Léopold Z. (1965), le premier long métrage de fiction de Carle, un réalisateur avec lequel il travaille à plusieurs reprises. De la même façon, il collabore régulièrement avec Jacques Godbout (IXE-13,1971 ; Derrière l’image, 1978; Distorsions, 1981, m. m.; En dernier recours, 1987). Il est aussi associé de près à l’œuvre de Marcel Carrière, dont il monte notamment Avec tambours et trompettes (1967, c. m.) et Saint-Denis dans le temps… (1969). De temps à autre, Nold revient au métier de cameraman, par exemple pour Rouli-Roulant (C. Jutra, 1966, c. m.). Dans les années 70, après avoir été étroitement associé au cinéma direct, il soutient l’arrivée de la fiction à l’ONF et monte Le temps d’une chasse (F. Mankiewicz, 1972), O.K… Laliberté (M. Carrière, 1973), La gammick (J. Godbout, 1974), La fleur aux dents (T. Vamos, 1975) et Ti-Mine, Bernie pis la gang... (M. Carrière, 1976). Il relève son défi le plus important en coordonnant le montage du film olympique Jeux de la XXIe Olympiade (J.-C. Labrecque, J. Beaudin, M. Carrière et Georges Dufaux, 1977), travail colossal qui est achevé en cinq mois et qui permet de détacher l’histoire de quelques athlètes des 200 heures de matériau filmique mis à sa disposition. Il s’attaque à un autre défi de taille en acceptant de montrer la série « Gui Daô — sur la voie » (Georges Dufaux, 1980, un long métrage et deux m. m.), surmontant avec aisance le handicap important que constitue forcément sa méconnaissance de la langue chinoise. En 1987, Nold monte un premier film d’animation, Charles et François (C. Hoedeman, 1987, c. m.), qui sera suivi de Juke-Bar (M. Barry, 1989, c. m.) et des Miroirs du temps (J.-J. Leduc, 1990, c. m.). À plus d’une occasion, il travaille à des documentaires comprenant des archives photographiques : L’histoire des trois ( J.-C. Labrecque, 1989), Un homme de parole (A. Chartrand, 1991, m. m.) et Le steak (Pierre Falardeau et M. Leriche, 1991).

À l’ONF, il touche très peu à la réalisation. D’abord, il réalise au montage un film multiécrans présenté au pavillon du Québec dans le cadre de l’Exposition universelle, L’eau (1967, c. m.). Puis, à la suite d’un désaccord avec la direction de Crawley Films, il reprend les chutes du film que tourne Michel Brault pour cette même exposition, Conflit/Conflict (1967, t. c. m.), y ajoute quelques journées de tournage et réalise Préambule (1969, c. m.). Ce film, qui joue sur les contrastes, dresse un portrait très moderne de la Nouvelle-France. La narration est assurée par Claude Jutra. Nold coréalise enfin Cinéma, cinéma (coréal. G. Carle, 1985), un film où sa connaissance exceptionnelle du cinéma francophone produit à l’ONF et son sens du rythme complètent admirablement l’humour débridé et l’abattage de son partenaire. Peu après, dans le même style, il monte Ô Picasso (G. Carle, 1985). Si Nold choisit le montage plutôt que la réalisation, c’est qu’il avoue préférer « être un grand soliste plutôt qu’un petit chef d’orchestre obscur ». Ce choix s’avère judicieux puisqu’il monte plus d’une centaine de films, dont plusieurs œuvres qui comptent parmi les plus réussies de la production québécoise. Nold, qui ne s’isole pas dans sa salle de montage, occupe différentes fonctions. De 1961 à 1967, il est responsable de la qualité technique au Festival international du film de Montréal. Il enseigne le cinéma à l’École normale d’enseignement technique. Il participe à la création du Conseil québécois pour la diffusion du cinéma, dont il est le vice-président. En 1978 et 1979, il préside la Commission de la qualité professionnelle à l’ONF. De 1985 à 1987, il est président des Rendez-vous du cinéma québécois. En 1987, il prépare pour l’ONF un projet d’école de cinéma qui ne se concrétise pas, puis il s’associe à l’INIS. Avant de quitter l’ONF en 1996 pour se consacrer à l’enseignement, il monte encore quelques films d’animation : Overdose (C. Cloutier, 1994, c. m.), Entre le rouge et le bleu (S. Sinnott, 1995, c. m.), Taa Tam (A. Leduc, 1995, c. m.). Peu d’artisans du cinéma québécois auront soutenu le développement et la diffusion du cinéma avec autant d’énergie. Jean-Pierre Masse lui consacre un documentaire, Werner Nold, cinéaste-monteur (2003). En 2010, le gouvernement du Québec lui remet le prix Albert-Tessier.  (Michel Coulombe, Le Dictionnaire du cinéma québécois)

Dossier réalisé avec la collaboration de