La Cinémathèque québécoise

Collections en ligne

Ce site est rendu possible grâce à la fondation Daniel Langlois

Dossiers sur les collections

LES BIOGRAPHIES > Monique Mercure

Photo de plateau.[196?] Monique Mercure. Noir et blanc. 1995.0352.PH.19Elle tient la main de Claude.
Photo de plateau.
[196?] Monique Mercure. Noir et blanc. Coll. Cinémathèque québécoise. 1995.0352.PH.19
Elle tient la main de Claude.

MERCURE, Monique (née Émond), actrice (Montréal, 1930). Elle fait de très modestes débuts au cinéma puisqu’on la voit pour la première fois à l’écran, assise, de dos, dans Tit-Coq (R. Delacroix et G. Gélinas, 1952). En fait, sa carrière d’actrice se dessine lentement. Mercure, qui étudie le violoncelle à l’école Vincent-D’Indy et obtient un baccalauréat en musique en 1949, monte une première fois sur les planches en 1947, au collège Saint-Laurent, dans Le roi cerf, de Carlo Gozzi. Il lui faut tout de même attendre les années 60 et des pièces comme L’opéra de quat’sous et Le soulier de satin pour vraiment s’imposer à la scène. À la même époque, elle joue dans À tout prendre (C. Jutra, 1963), film où son personnage doit s’ajuster à sa condition et porter, comme elle, un plâtre à la jambe. Fernand Dansereau lui donne ensuite un rôle dans Le festin des morts (1965), puis le premier rôle de Ça n’est pas le temps des romans (1967, c. m.), où, resplendissante, elle donne vie à l’imaginaire d’une femme prisonnière de son foyer, mère avant d’être femme ou épouse. Mercure joue également dans des films tournés en anglais, comme elle le fera tout au long de sa carrière : Waiting for Caroline (R. Kelly, 1967), Dont Let the Angels Fall (G. Kaczender, 1969), Love in a 4 Letter World (J. Sone, 1970), Stone Cold Dead (G. Mendeluk, 1980), The Third Walker (T. C. McLuhan, 1980), ChristmasLace (G. Mendeluk, 1980), Odyssey of the Pacific (F. Arrabal, 1982), The Blood of Others (C. Chabrol, 1984), Tramp at the Door (A. Kroeker, 1985). Sa carrière d’actrice de cinéma est véritablement lancée au début des années 70 alors qu’elle tourne dans deux films qui marquent, chacun à sa manière, l’histoire du cinéma québécois : Deux femmes en or (C. Fournier, 1970) et Mon oncle Antoine (C. Jutra, 1971). Dans le premier, fulgurant succès d’assistance, elle interprète avec drôlerie une banlieusarde qui trompe son ennui avec tous les hommes qui frappent à sa porte. Dans le second, film d’auteur couvert d’honneurs, elle fait preuve de beaucoup de présence dans le rôle, secondaire, d’une femme mystérieuse et désirable. Elle tourne ensuite Finalement… (R. Martin, 1971), Françoise Durocher, waitress (A. Brassard, 1972, c. m.), Le temps d’une chasse (F. Mankiewicz, 1972) et II était une fois dans l’Est (A. Brassard, 1973). Elle tient, dans Les vautours (J.-C. Labrecque, 1975), un des plus beaux rôles de sa carrière, celui de la tante Yvette, femme de caractère qui entretient avec son neveu (Gilbert Sicotte), orphelin et démuni, des rapports troubles. Elle reprend ce personnage dans Les années de rêves (J.-C. Labrecque, 1984). Son jeu dans J. A. Martin photographe (J. Beaudin, 1976) lui vaut un prix d’interprétation à Cannes, un Canadian Film Award et la consécration. Mercure y est remarquable en Rose-Aimée Martin, une femme du XIXe siècle qui bouscule un jour la routine et décide de partir en tournée avec son mari, photographe itinérant et homme peu communicatif. Complexe derrière des allures de grande simplicité, ce personnage prend, grâce au travail de l’actrice, une dimension symbolique, marchant devant toutes ces femmes anonymes, besogneuses et aimantes qui peuplent le Québec, celui d’aujourd’hui comme celui d’hier. Il se situe tout à fait dans la continuité de la mère de Ça n’est pas le temps des romans. Dans J. A. Martin photographe, Mercure retrouve Marcel Sabourin, acteur dont elle était également la femme dans Deux femmes en or. Le rôle de Rose-Aimée diffère sensiblement de ces personnages forts et autoritaires qu’on propose souvent à Mercure. Elle tourne encore deux films mis en scène par Jean Beaudin, L’homme à la traîne (1986, c. m.), où elle reprend pareil rôle, et Nouvelle-France (2004), où tout son jeu passe dans le regard, dur et réprobateur.

Après le succès qu’elle obtient à Cannes, on lui prévoit une carrière internationale, laquelle se limitera en fait à La chanson de Roland (F. Cassenti, 1978), Quintet (R. Altman, 1978) et quelques coproductions avec l’étranger. Toujours active au théâtre, où elle crée notamment des pièces de Michel Tremblay, de Jovette Marchessault et de Michel Garneau, Mercure joue encore dans L’absence (B. Sauriol, 1975), Parlez-nous d’amour (J.-C. Lord, 1976), La cuisine rouge (R Baillargeon et F. Collin 1979), Une journée en taxi (R. Ménard, 1982) et Contrecœur (J.-G. Noël, 1980). Jutra lui propose un petit rôle, celui d’une mère supérieure, dans La dame en couleurs (1984), ce qui met un point final à une complicité amorcée 25 ans plus tôt avec le tournage de Félix Leclerc troubadour (1959, c. m.), complicité qui passe par Pour le meilleur et pour le pire (1975), où, saluant sa passion pour la musique, le réalisateur lui fait jouer une violoncelliste. Des années plus tard, elle tiendra, avec beaucoup de fraîcheur, le rôle d’une musicienne de concert dans La nuit tous les chats sont gris (J.-P. Duval, 1990, c. m.). Mercure tourne à l’occasion avec des réalisatrices, et deux d’entre elles lui donnent un rôle de premier plan, celui, quelque peu piégé, de leur alter ego. D’abord, Anne Claire Poirier fait d’elle une femme forte au discours cohérent, la meneuse de jeu des retrouvailles dans La quarantaine (1982). Ensuite, Louise Carré lui donne le rôle d’une réalisatrice qui, à défaut de pouvoir tourner son film, anime une émission à la radio de Sorel, dans Qui a tiré sur nos histoires d’amour? (1986). Poirier et Carré renforcent l’image cinématographique qu’on associe le plus souvent à Mercure, celle d’une femme de carrière ou d’une bourgeoise distinguée, volontaire et cultivée, l’antithèse même de la discrète Rose-Aimée Martin. Michel Poulette contourne quant à lui cet emploi dans un film fantastique, Les bottes (1987, m. m.), puisqu’il la transforme en employée des douanes tout à fait quelconque, victime d’une situation sur laquelle elle n’a aucun contrôle. Elle interprète ensuite un personnage inquiétant, ange noir d’un mystérieux laboratoire pharmaceutique, dans un film d’Yves Simoneau, Dans le ventre du dragon (1989), avant de jouer dans un film de David Cronenberg, Naked Lunch (1991), adaptation de l’audacieux roman de William Burroughs, pour lequel elle remporte le Génie de la meilleure actrice de soutien. Elle obtient également ce prix pour son rôle de campagnarde dans Conquest (P. Haggard, 1998). Mercure participe aussi bien au tournage de premières œuvres (20 décembre, M. Champagne, 1989, c. m. ; Léa, N. Théocharidès, 1998, c. m. ; Saints-Martyrs-des-Damnés, R. Aubert, 2005; Triangle, S. Gingras, 2005, c. m.) qu’aux films et téléfilms de réalisateurs de métier (La fête des rois, M. Lepage, 1994; The Red Violin, F. Girard, 1998; Emporte-moi, L. Pool, 1999). Elle retrouve un univers qui lui est familier, celui du dramaturge Michel Tremblay, Albertine en cinq temps (M. Beaulne et A. Melançon, 1999) puis dans Geraldine’s Fortune (J. N. Smith, 2004), où elle interprète une vieille femme incontinente et gâteuse clouée à sa chaise roulante. Puis Fernand Dansereau l’invite, après quarante ans, à reprendre son personnage de Ça n’est pas le temps des romans Madeleine, maintenant atteinte de la maladie d’Alzheimer, dans La brunante (2007). Au côté de Suzanne Clément, l’actrice est plus émouvante que jamais..

Si elle a indéniablement un statut d’actrice de cinéma, ce n’est pas qu’elle ait tenu un grand nombre de premiers rôles : ceux-ci sont plutôt rares. C’est surtout que, dans la cinquantaine de films où elle joue, elle sait tirer le meilleur de chacun des personnages qu’on lui propose et réussit à leur donner vie. En 1993, le gouvernement du Québec lui décerne le prix Denise-Pelletier, celui du Canada le Prix du Gouverneur général. Elle est faite Compagnon de l’Ordre du Canada en 1994. Elle occupe, de 1987 à 1989, la présidence des Rendez-vous du cinéma québécois puis prend la tête de l’École nationale de théâtre de 1991 à 2000. Sa fille, Michèle Mercure, est actrice (La cuisine rouge, P. Baillargeon et F. Collin, 1979) et réalisatrice (Bouches, coréal. J. Trépanier, 1984, c. m.). (Michel Coulombe, Le Dictionnaire du cinéma québécois)

Dossier réalisé avec la collaboration de