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LES BIOGRAPHIES > Bernard Gosselin

GOSSELIN, Bernard, réalisateur, chef opérateur, monteur (Drummondville, 1934 – Saint- Bernard de La Colle, 2006). Il étudie à l’Institut des arts graphiques, sous la direction d’Albert Dumouchel. Il fait un peu de dessin commercial et entre à l’ONF, en 1956, au département des « titres », où il jongle avec les génériques de ses amis de l’équipe française, alors sur le point d’éclore. Il devient assistant monteur, puis assistant cameraman et, enfin, un peu pour dépanner Arthur Lamothe, cameraman (déjà très sensible) de Bûcherons de la Manouane (1962, c. m.). À partir de ce moment, son nom devient inséparable de l’aventure naissante du cinéma québécois, à l’ONF comme hors de l’ONF, aux Cinéastes associés en 1969 et 1970, et dans des aventures aussi importantes que Seul ou avec d’autres (D. Arcand, D. Héroux et S. Venne, 1962), À tout prendre (C. Jutra, 1963), Entre la mer et l’eau douce (M. Brault, 1967) et La visite du général de Gaulle au Québec (J.-C. Labrecque, 1967, c. m.). Précieux compagnon de route de Pierre Perrault (Le règne du jour, 1966; Les voitures d’eau, 1968; Un pays sans bon sens!, 1970 ; Le pays de la terre sans arbre ou le Mouchouânipi, 1980), Gosselin est plus que le simple continuateur de l’œuvre du maître québécois du direct. Certes, son attachement au passé québécois et sa curiosité pour les façons de vivre et de faire d’autrefois entretiennent cette impression. Pourtant, au-delà de la parenté spirituelle immédiate avec Perrault et de l’amitié qui lie les deux hommes s’est constituée, peu à peu, une œuvre originale et très personnelle à laquelle convient parfaitement l’appellation de « documentaire d’auteur ». C’est dans cette catégorie qu’il faut placer les réussites les plus marquantes de la riche carrière de réalisateur de Gosselin : César et son canot d’écorce (1971, m. m.), Les raquettes des Atcikameg ( 1973, m. m .), Jean Carignan, violoneux ( 1975), Le discours de l’armoire (1978, m. m.), En r’montant l’escalier (1990, m. m.), et surtout Le canot à Renald à Thomas (1980, m. m.) et L’Anticoste (1986). Ces deux derniers titres livrent à eux seuls le secret de l’art de Gosselin : une maîtrise absolue de ses outils — qui fait oublier les difficultés mêmes du filmage — et une complicité non moins absolue avec les personnages qu’il choisit. Gosselin vit en intimité avec les hommes qu’il filme : le hangar des constructeurs hivernaux de barques de Baie-Saint-Paul ou l’île des Anticostois sont des lieux clos où le cameraman-réalisateur aime s’enfermer avec ses personnages. Dans le premier cas, comme le disait le critique français Raymond Borde, cet enfermement devient un véritable suspense (le «va-t-on réussir le canot?» aussi fort que le «va-t-il la tuer?» hitchcockien); dans le second, le documentaire strict est d’ailleurs dépassé, et le film devient tantôt carnet de voyage, tantôt journal intime.

En 1989, Gosselin réalise deux moyens métrages : En r’montant l’escalier, un peu à la manière du Canot à Renald à Thomas, suit à la trace la restauration d’un escalier du XVIIe siècle offert à la ville de Montréal par la ville de La Flèche ; Dire de compagnons (1990, m. m.) s’inspire du travail qu’ont effectué les compagnons charpentiers du Devoir du Tour de France sur l’escalier du XVIIe siècle pour nous initier à l’histoire de cette confrérie. Plus largement, les deux films se présentent comme une célébration du travail et des métiers manuels, et Gosselin excelle à saisir la beauté et la précision des gestes. En 1994, à la veille de prendre sa retraite de l’ONF, Gosselin se voit confier la réalisation d’un documentaire de long métrage sur le Biodôme de Montréal alors en construction. Sous les dehors d’un film de commande, L’arche de verre est de nouveau un film sur le travail qui joue habilement du suspense («sera-t-on prêt pour l’ouverture?») pour nous abreuver d’informations multiples. Le travail de caméra d’Alain Dostie n’est pas étranger à la réussite, non évidente, du film.

La dizaine de courts métrages que Gosselin filme ou coréalise avec Léo Plamondon, de 1977 à 1979, sur des métiers traditionnels (dans la série « La belle ouvrage », 1977-1980), obéissent pour leur part à un parti pris plus objectif où l’urgence d’enregistrer les gestes est la règle. Ces agriculteurs de Bœufs de labour (1977, c. m.), ces Meuniers de Saint-Eustache (1978, c. m.) et autres charbonniers, tonneliers et cordonniers d’un Québec près de disparaître, sont les dignes frères des héros de Georges Rouquier. Les talents de Gosselin à titre de cameraman souple (au besoin acrobatique: rappelons-nous la veillée de cuisine dans Jean Carignan, violoneux), ingénieux et sensible sont au cœur de dizaines de films québécois des années 60 et 70. Il est même un temps où ceux que passionnent ces films, au ton nouveau, ont le sentiment que Gosselin les tourne tous : de Gilles Groulx ( Voir Miami…, c. m.) à Denys Arcand (Champlain, c. m. ; Les Montréalistes, 1965, c. m.) en passant par Claude Jutra (Comment savoir…, 1966), Marcel Carrière (Avec tambour et trompettes, 1967, c. m.) et Jean Dansereau (Parallèles et grand soleil, 1964, c. m.), tous les cinéastes de ces années-là bénéficient de son œil malin. Documentariste avant tout, Gosselin est par ailleurs, par une joyeuse ironie, le premier cinéaste québécois à avoir tenté professionnellement, et réussi, l’expérience du film pour enfants. Annonciateur de La guerre des tuques et autres Bach et Bottine (A. Melançon, 1984 et 1986), Le Martien de Noël (1970) est une réussite dans le genre, malgré ses limites budgétaires et des moyens techniques parfois approximatifs : l’énorme succès public du film répond, pour une fois, à la qualité de l’entreprise. En 1982 et 1983, il occupe la présidence de la Cinémathèque québécoise. Ses collègues Serge Beauchemin et Pierre Mignot lui consacrent un film.

AUTRES FILMS COMME RÉALISATEUR

Le jeu de l’hiver (coréal. J. Dansereau, 1962, c. m.), Le beau plaisir (coréal. M. Brault et P. Perrault, 1968, c. m.), Capture (1969, c. m.), L’odyssée du Manhattan (1970, c. m.), Passage au Nord-Ouest (1970, c. m.), Un royaume vous attend (coréal. P. Perrault, 1976), La veillée des veillées (1976), Le goût de la farine (coréal. P. Perrault, 1977), Gens d’Abitibi (coréal. P. Perrault, 1979). (Robert Daudelin, Le Dictionnaire du cinéma québécois)

Dossier réalisé avec la collaboration de