La Cinémathèque québécoise

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LE TOURNAGE

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Quatre grands dessins de Claude Jutra représentant Johanne enceinte.
[196?] Portraits stylisés au fusain. Coll. Cinémathèque québécoise. 1992.0001.03.AR.

Ces portraits au fusain, esquissés à grands traits, ont été réalisés par Claude Jutra sur le plateau de tournage de l’une des scènes du film. Ceux indiqués « 18 mai » et « 30 mai » ont été retenus au montage.

Extrait du dialogue de cette scène où Claude dessine Johanne :
Claude (voix off) — Pendant de longues soirées tranquilles, je dessine ce corps, sûr de nos joies convulsives, mais qui aujourd’hui fait de nous non plus des amants, mais un couple.
Claude (à Johanne) — J’fais un double portrait.
Johanne — Un double portrait?
Claude — Ouin, ouin…
Johanne — Je crois que je devine ce que tu veux dire!
Claude — Tu crois?
Claude (voix off) — Un point chaud et turbulent au creux de son ventre polarise nos préoccupations. J’enregistre par l’imagination l’évolution de cet élément étranger que par aveuglement paternel, je considère comme une simple transplantation de moi-même.
(Voir aussi la transcription des dialogues de la deuxième prise de la même scène)

La méthode employée par Claude Jutra pour le tournage d’À tout prendre se démarque radicalement des habitudes de travail des gens de cinéma de cette époque. Il brouille les notions de fiction et de documentaire en adhérant à une technique légère de tournage et en laissant une grande place à l’improvisation « contrôlée » des comédiens. Il n’a pas de scénario écrit ni de découpage technique préétabli. Pourtant Jutra sait très bien où il va puisqu’il s’agit de revivre à l’écran une tranche de sa vie partagée avec Johanne Harrelle et Victor Désy plusieurs années auparavant. Ce sera son canevas de base. Dans deux entrevues radiodiffusées en 1963, quelques mois avant la première mondiale du film, Jutra explique bien cette approche inédite, ce dispositif expérimental et cet art du cinéma qu’il tente de mettre en place. 

Johanne Harrelle et Victor Désy, dont les noms figurent au générique du film pour leur « participation spéciale au scénario », s’adonnent à une pratique des dialogues où chacun apporte sa contribution. Dans une lettre de Johanne à Claude, on peut lire, par exemple, la proposition d’une formulation différente pour la scène dite « la confession de Johanne ».

Aussi, un plan de tournage témoignant que ce récit, où la réalité et la fiction se confondent, est filmé dans l’intimité des personnages et même dans celle des collaborateurs, notamment, à l’appartement de Claude (rue Mackay) — où vivait aussi Johanne à cette époque —, chez ses parents (rue Sainte-Famille et Boucherville), chez Michel Brault (Saint-Hilaire), à l’hôpital où travaillait son beau-frère, Guy Duckett, chez Jean-Claude Labrecque pour la séquence avec Guy Hoffmann, et ainsi de suite.

Les comédiens ne sont pas les seuls à improviser, Jutra laisse une place importante aux initiatives de son équipe technique, particulièrement à Michel Brault et à Jean-Claude Labrecque, deux artistes de la caméra, qui font corps avec sa méthode de travail. De même pour la prise de son — qui est assurée principalement par Marcel Carrière et dans une moindre mesure par Werner Nold et Éric de Bayser — les idées et initiatives amicales sont fort bien reçues. Les nombreuses photos de tournage, en particulier les planches contact d’origine et inédites, offrent une preuve évidente de la complicité artistique nouée entre eux.

Dans cet extrait d’un brouillon de lettre aux organisateurs du Festival de Karlovy Vary (voir l’original), Claude Jutra ramasse en quelques phrases l’originalité de sa démarche : « Le scénario ne fut pas écrit à l’avance, ni une seule ligne de dialogue. Les acteurs l’improvisaient au fur et à mesure, après s’être concertés avant de tourner chaque scène. Le son a toujours été enregistré en direct. Pour les cadrages, le caméraman devait également improviser dans une très large mesure. C’est dire qu’une grande part de création était reportée au stade du montage. C’est à ce stade que fut écrit et enregistré le commentaire subjectif qui souligne l’action. »

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> Photos de tournage

> Entrevues vidéos (à venir)

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