La Cinémathèque québécoise

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Lieu de recherche

Je suis allée rencontrer les gens de l’ACPAV fin 1973 avec mon scénario de long métrage “La ruée verte” sous le bras. Il y avait à ce moment-là toute une animation parce qu’on produisait beaucoup. Et l’on pouvait se permettre de laisser vivre, en parallèle aux longs métrages de fiction que l’on produisait, un cinéma plus expérimental…

Je pus tourner COUP D’OEIL BLANC un court métrage, puis, UN INSTANT PRÈS D’ELLE, un autre court métrage avec l’ACPAV qui me laissait sa caméra, sa nagra, sa salle de montage pour un très bon prix.

Après, en 1975, l’ACPAV présentait un scénario de long métrage “Clarence BBQ” à la SDICC qui le refusait; ce fut très frustrant, mais il y avait des gens comme Bernard qui ne cessait de me stimuler. Et LA CRUE est née. Je voulais à tout prix tourner ce film, ce fut découragement sur découragement… aucun organisme ne voulait m’aider financièrement. En coup de tête, j’appelle Jacques Laliberté, que je venais de rencontrer à l’ACPAV, et on a réussi à produire le film sans argent.

L’ACPAV n’a pas hésité à ce moment-là à nous louer son matériel à un prix que nos économies pouvaient leur offrir… Ça a été un beau moment de vie, de tournage et de complicité.

Et, après avoir tourné un premier long métrage LA BELLE APPARENCE dans des conditions financières “absurdes”, je reviens à l’ACPAV avec PRESQU’ILE, PRESQU’ELLE.

L’intérêt de l’ACPAV est qu’on peut tourner et faire son apprentissage avec des films d’artisans, mais aussi, que lorsqu’il est temps de passer à un film avec des moyens professionnels, l’ACPAV a la structure de production et des producteurs d’expérience pour mieux nous encadrer dans un tel projet.

À l’heure où la tentation est forte de rejeter toute démarche de recherche et de couper les fonds à un cinéma d’auteur, l’ACPAV m’apparaît plus que jamais indispensable.

Pour passer de l’artisanat à un cinéma plus cher, mais qui se veut plus accessible à un grand public, il est bon de rappeler que le métier de réalisateur n’est pas “un coup de génie”… mais que le génie, s’il y a…, ça se travaille… Et pour arriver à avoir une maîtrise et un style personnel dans un film, il faut en faire des films, essayer, oser, … et, y aller progressivement en assumant les risques que cela suppose.. de film en film…

La grande richesse du cinéma québécois, quand on le regarde de l’étranger (la rétrospective de Poitiers en 79 nous a permis de le constater), est son côté rustre, son réalisme, sa vérité et sa dureté.

Il faut que l’on fasse un cinéma national plus accessible et plus séduisant pour un grand public, mais il faut, cependant, réussir à garder ces qualités-caractéristiques. Et pour cela, il faut se permettre de rechercher de nouvelles voies, des formes originales, tout en conservant cette rudeur de notre climat, et cette sauvagerie de nos forêts pour enfin réussir à dire cette réalité (triste ou joyeuse…) en la transposant cinématographiquement.

Il faut donc qu’une maison comme l’ACPAV existe entre autres comme lieu de recherche et “étape de démarche”, afin que l’histoire de notre cinéma ne soit pas interrompue par des critères très subjectifs de rentabilité à court terme au nom du goût du public… comme si l’on pouvait savoir ce qu’attend ce public… On peut remarquer que notre public est disponible à un cinéma étranger “différent”, qu’il soit italien, allemand ou suisse, etc… Pourquoi ne pas lui faire confiance quant à un cinéma national au Québec.