La Cinémathèque québécoise

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L’ACPAV… c’est quoi ça?

Chacun des membres de cette coopérative de production ferait à cela une réponse tenant plus de ses vues et désirs que d’une définition précise et objective de l’ACPAV.

En fait la raison d’être de l’ACPAV réside probablement dans cette “souplesse” permettant au réalisateur d’y faire des films (n’importe quel genre!), un peu comme s’il les produisait lui-même, sans “big-boss” pour le surveiller. L’auteur garde ainsi le contrôle de sa production et des droits sur son “œuvre”; puisque dans ce cas chacun fait valoir qu’étant membre à part entière sa parole a un poids égal à celle de quiconque. En fait, chacun se garde bien de mettre le nez dans les affaires de l’autre, de peur que celui-ci ne fasse de même. En conséquence chacun est vraiment le seul maître de sa production.

Voilà qui convient bien à l’“égocentrisme” de tout auteur de cinéma! Cependant certains y ont vu un avantage plus intéressant : advenant un “coup dur” (entendre: on pète le budget!), c’est la Coop qui aura à payer les dettes, tandis que le responsable sera parti produire ailleurs! Ou encore, un film avec un gros budget ne versera qu’une somme ridicule en frais d’administration à l’ACPAV, sous prétexte que le budget est serré tandis qu’un autre film, avec un budget dix fois moindre, versera plus parce que son producteur respecte les tarifs de l’ACPAV (de telles choses se sont habituellement produites en faveur des longs métrages et au détriment des courts métrages) 1.

Ainsi, la structure décentralisée de la coop en constitue l’intérêt, l’originalité, et, paradoxalement, la grande faiblesse. Est-il utile de dire que cette faiblesse n’a si cruellement nui au développement de l’ACPAV que parce que certains ont agi en plaçant leur intérêt avant celui du collectif. De fait, la structure de l’ACPAV ne lui laisse aucune autre protection que celle qui lui est procurée par l’autodiscipline de ses membres.

Le paradoxe devient dilemme lorsque l’on tente d’instituer un contrôle efficace sur les productions: comment y arriver sans perdre la liberté d’action et de pensée que chacun vient chercher à l’ACPAV. (N’oublions pas que les cinéastes se regroupent à l’ACPAV sur la base d’un plus petit dénominateur commun : leur désir de faire des vues!).

L’équilibre est difficile à trouver, on peut même dire qu’il manque de stabilité. Sans doute faut-il s’y attendre lorsqu’on cherche à créer un nouveau genre de maison de production. L’AC­PAV est une idée en période de gestation, (o.k. ça fait dix ans que ça couve! mais personne n’a réussi à la faire avorter!).

L’ACPAV continue, et qu’on ne jure que par elle ou qu’elle nous fasse jurer, après tout, un si grand nombre de films existent grâce à l’ACPAV qu’il faut souhaiter qu’elle continue à en produire plus encore.

Notes:

  1. Les dettes que l’ACPAV a dû honorer sur des productions accaparent constamment les plus grandes énergies et empêchent de développer les services d’administration, de montage, etc… Donc lorsqu’une production paie un plein montant de frais d’administration sans voir les services se développer, on se demande pourquoi!