La Cinémathèque québécoise

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Anciens périodiques

Immigré à l’ACPAV

Il serait faux de comparer les immigrés de notre industrie culturelle avec tous les autres immigrés.

Tout d’abord, nous sommes pour la plupart des francophones, et si les motifs de la transplantation sont aussi d’ordre économique, nous avons été habitués à la marginalisation par notre premier choix, celui du métier pour lequel, rêve hollywoodien ou non, nous étions prêts à payer le prix. Et peu d’entre nous sont arrivés ici sans avoir l’alternative de retourner là-bas. De plus, nous sommes supposément des communicateurs, ce qui facilite la compréhension.

Alors que nous arrivions tout empreints de l’exotisme de notre folklore de base, le rêve planétaire de Trudeau nous invitait au voyage. Le temps de réchauffer l’intérieur d’une canadienne doublée moitié duvet, moitié laine, de pointer la tuque à pompon bleue et blanche vers l’avenir, la ligne d’horizon coupée par l’écharpe tissée sur un “Clément”, et nous étions démangés par le besoin viscéral de reprendre racine. Et ça, ça prend du temps. Mais moins, probablement, lors­qu’on veut s’identifier à un cinéma culturel dit “national” : l’immersion est plus rapide, plus totale.

Être étranger, ce n’est donc pas la même chose pour tout le monde. Bien que je reconnaisse très bien la nature déprimante de certaines expériences vécues par les LES VOLEURS DE JOB de Tahani Rached, je peux affirmer que ce que j’en ai vécu moi-même ne m’a pas traumatisé, et me sert justement de vécu, cette denrée nécessaire à tout travail de création.

Exercer son métier de cinéaste dans une coopérative de production, c’est vouloir pousser un peu plus loin la démarche vers une société renouvelée, c’est vouloir appliquer à soi-même ce qu’on devrait crier à tout le monde: deviens ton propre boss; cri subversif s’il en est. Même le Mouvement Desjardins résiste encore aux entreprises de production autogérées, qui sont pourtant la plupart des coopératives.

On reproche souvent à l’autogestion son romantisme, son utopie. Il y a tout de même des choses à corriger dans cette société, et ce n’est pas en restant continuellement assis sur des vieilles structures, que ça va changer. Il faut chercher à redonner à chacun le plus de pouvoir de décision possible, puisque décider est la faculté la plus noble d’un individu. Encore faut-il ne pas pousser la noblesse jusqu’à décider pour les autres.

Si le ton (et le fond) du discours est très diversifié d’un membre de l’ACPAV à l’autre (nos films en témoignent), et que nos premiers objectifs communs (cinéma “national”, recherche de qualité et de marchés), nous les partageons avec beaucoup d’autres dans le milieu, il en est un, irrationnel, mal défini au début, plein de contradictions, qui a fait que nous sommes restés sur le bateau dans les mauvais moments.

Dix ans, c’est tout de même quelque chose.

De tels préceptes, un tel vécu, placent tout antagonisme entre immigrés et Québécois de souche, au niveau des échanges folkloriques avec les ponctuations d’usage.