La Cinémathèque québécoise

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Médiathèque

Pour accompagner certains programmes, cycles thématiques ou rétrospectives importantes, la Médiathèque prépare des « Repères bibliographiques ». Vous pouvez les consulter ici.

№.64, Claire Denis

« Claire Denis dérange en raison de son attention aux Africains décolonisés, appauvris ou prolétarisés, aux Antillais détenteurs d’une culture qui fait place à l’irrationnel. Elle assume ses sympathies, elle a été en première ligne des cinéastes qui se sont groupés pour demander, en 1997, la régularisation des Sans Papiers. Certes. Mais elle inquiète pour quelque chose de plus profond, pour son obstination à atteindre un fait physique dont, à partir d’un projet commun avec la chorégraphe Mathilde Monnier, elle espère saisir le mystère. À ce propos, elle évoque (les Inrockuptibles du 8 janvier 2002) la pièce, Quai Ouest de Bernard-Marie Koltès mise en scène par Patrice Chéreau. C’est là qu’elle avait découvert Isaac de Bankolé. Koltès aurait indiqué : « Je veux un acteur qui puisse ne rien faire, mais dans ce rien faire, il faut que les spectateurs voient son corps fumer ». Elle commente : « En Afrique, il y avait des chevaux là où j’habitais. Quand ils ont couru, les chevaux fument (…). Aujourd’hui, quand on me dit « vous filmez vachement bien les corps », j’ai envie de tuer! Parce que c’est la fumée que j’ai envie de filmer. Pas les corps ». Soit. Elle scrute les zones d’ombres de personnages décalés. Elle pose sur la masculinité, sur des acteurs qui en sont une incarnation possible – Isaac de Bankolé, Alex Descas, Grégoire Colin, Vincent Gallo – un regard qui en révèle la singularité et la puissance. Elle explore des milieux fermés parfois au cœur de villes familières. L’écriture de ses films est de plus en plus raffinée. Visionnaire, elle invente une poétique de la violence ».

Audé, Françoise. Cinéma d’elles : 1981-2001 : situation des cinéastes femmes

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