La Cinémathèque québécoise

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Le détour (nécessaire) par van der Keuken

J’ai découvert le cinéma de Johan van der Keuken il y a précisément 20 ans. Et à travers toutes ces années, je lui suis resté fidèle, par amitié sans doute, mais par besoin aussi, comme à la musique de Monk et de Mingus, comme à un lieu nécessaire.

C’est le cinéaste James Blue, compagnon d’études de van der Keuden à l’IDHEC, qui m’avait chaleureusement incité à faire un crochet par Amsterdam pour faire connais­sance avec Johan. J’y découvris un artiste passionné qui faisait des films comme mes amis peintres d’alors faisaient des tableaux 1 — avec en plus une inquiétude permanente qui le poussait à toujours remettre en question son travail, sa démarche, voire la pertinence même de faire des films. 2

Heureusement Johan fait toujours des films… Qu’il questionne aussitôt faits! Les tex­tes ici rassemblés par les soins du cinéaste témoignent de la rigueur passionnée qui anime l’œuvre de van der Keuken, rigueur qui exige une attention tout aussi passionnée chez le spectateur que le film cherche.

Tantôt circonstanciels (la sortie d’un nouveau film, un tournage en cours), tantôt « impo­sés » (la chronique mensuelle que le cinéaste tient dans la revue hollandaise Skrien depuis plusieurs années), tantôt plus spontanés (les interventions dans les colloques), ces textes témoignent toujours, tous, et toujours avec la même rigueur passionnée, de l’évidente res­ponsabilité de l’artiste face à son œuvre et à l’art qu’il sert si bien.

Van der Keuken n’est pas un créateur de tout repos : ses films interpellent, brouillent les pistes, ne se satisfont pas des codes en vigueur : leur richesse ne se révèle qu’à ceux qui veulent bien admettre que réflexion et émotion peuvent très bien cohabiter et que le travail sur le film est aussi une responsabilité de spectateur.

Mais ces textes, pas plus que les beaux films de Johan, ne sont rébarbatifs, même s’ils ne se livrent pas toujours tout de suite. Un tel enthousiasme, une telle dévotion les traversent, qu’ils agissent comme un merveilleux stimulant : les idées y sont retournées avec une irrévérence qui fait du bien.

Comme le peintre qui prend un break de peinture pour griffonner un poème, le cinéaste peut parfois déposer la lourde caméra pour continuer le récit avec la plume : comme chez Rollins, que Johan aime tant, c’est le même long solo qui se continue.

Van der Keuken et Menno Euwe pendant le tournage de LA JUNGLE PLATE
Van der Keuken et Menno Euwe pendant le tournage de LA JUNGLE PLATE
Coll. Cinémathèque québécoise

 

Notes:

  1. Opérateur de presque tous ses films, collaborant toujours à leur montage, van der Keuken a réussi, en prati­quant un cinéma « artisanal », à échapper aux contraintes industrielles de production; travaillant avec des bud­gets modestes, sans besoin de se constituer en société de production, il a jusqu’à ce jour réussi à être le seul maître d’œuvre de chacun de ses films.
  2. De ce premier détour par Amsterdam, je rapportai L’ENFANT AVEUGLE et QUATRE MURS qui furent projetés en août au Festival international du film de Montréal : les films déconcertèrent et à vrai dire soulevè­rent peu d’enthousiasme (les premiers films de Straub, que j’avais rapportés du même périple, connurent le même sort), sauf chez quelques-uns, dont Claude Ménard qui devint plus tard « acteur » d’un film de Johan et son principal collaborateur pour LE MAÎTRE ET LE GÉANT. Mais depuis 1965, à travers la Cinémathè­que et le Festival du nouveau cinéma, les films de van der Keuken se sont trouvé un public à Montréal et c’est désormais en ami qu’il s’arrête périodiquement nous montrer son travail récent.
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