La Cinémathèque québécoise

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Le syndrome de la vidéo : une asso­ciation de plusieurs signes (économiques, technologiques, esthétiques) constituant une mentalité (un engouement) reconnais­sable par le fait qu’elle traduit l’atteinte dont est victime le cinéma.

Parce que la diffusion du cinéma est restreinte peu à peu au seul secteur de la télédiffusion et de la vidéocassette, c’est maintenant devenu un luxe de voir un film en salle. De produit de qualité qu’il était, accessible aux masses, le cinéma est passé par une réduction, un moins de l’image et du son, qui neutralise ses propriétés. Tou­jours fort populaire, il n’en a pas moins perdu des attributs intrinsèques; il a pris une allure de fast-food, son attrait et son goût en sont amoindris.

Fort heureusement ce glissement pro­gressif du plaisir n’a pas encore perturbé complètement le secteur de la production. Les images tournées en 16 ou 35 mm res­tent toujours supérieures à celles obtenues par la technologie vidéo, et la plupart des réalisateurs, producteurs et techniciens en sont conscients; ils demeurent de fidèles défenseurs de la pellicule, bien qu’il soit devenu une mode, une nécessité, de ten­ter la vidéo, qu’il soit avantageux de croire en l’avenir de ce médium et qu’il ne faille surtout pas, au dire de certains, rater le train.

On a souvent peine à comprendre cer­tains emballements. Nous vivons un état de passage qui, manifestement, en est un de tâtonnement donc de malaise et d’affai­blissement. La technologie vidéo, malgré des développements extrêmement rapides, qui ne sont souvent, hélas, qu’une suren­chère de gadgets, cherche sa voie et ne fait que commencer à naître réellement. La télévision a excellé dans la transmission en direct: l’indigence du signal visuel était oubliée au profit de l’émission sur le vif, du risque et du trac qui la soutenaient, la différenciaient. Maintenant que cette sin­gularité disparaît peu à peu depuis l’inven­tion du magnétoscope, vivement que la Haute Définition survienne, nous surpren­ne et nous débarrasse de cette succession de points épars et flous que nous offrent actuellement les petits et surtout les grands écrans vidéos.

Certes, demain l’image sera magné­tique; après-demain elle deviendra numé­rique, et ainsi de suite. L’industrialisation de l’audiovisuel aura tôt fait de reléguer aux cinémathèques les nostalgiques de la pellicule. Cependant rappelons-nous qu’à une certaine époque, il existait une pelli­cule sur support nitrate permettant des noirs et blancs uniques, si profonds et tel­lement doux en même temps, qu’ils demeurent inoubliables et toujours inéga­lés. Aucune invention technique n’a réussi à les reproduire depuis cette disparition. C’est une perte indéniable.

Sans vouloir évaluer les qualités for­melles ou de contenu spécifique à chacun des supports et à leurs utilisations, permettons-nous de souhaiter et de récla­mer de ces nouveaux procédés d’enregis­trement, de conservation et de restitution de l’image animée, qu’ils parviennent rapi­dement à un degré d’excellence incontes­table; qu’ils dépassent et nous fassent oublier cet antique support que l’on appe­lait jadis la pellicule acétate 16 et 35 mm. Sinon, ce n’est pas la peine…!

Pierre Jutras

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