La Cinémathèque québécoise

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Nouvelles Acquisitions

La Cinémathèque québécoise acquiert des films ainsi que des archives et documents afférents à ceux-ci, des fonds d’archives de personnalités ou d’organisations, des appareils et des artefacts documentant l’évolution des techniques et des technologies des images en mouvements. Nous présentons ici certaines des acquisitions récentes ou autres nouvelles concernant le traitement de fonds importants.

Le fonds PRIM d’Art vidéo

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La Cinémathèque québécoise a fait l’acquisition, durant l’été 2012, des archives audiovisuelles des Productions et réalisations indépendantes de Montréal (PRIM) constituées de 1165 éléments vidéographiques datant de 1971 à 2009, plus 109 éléments identifiés au centre d’artiste montréalais des années 1970 Véhicule Art. Ce fonds témoigne du rôle qu’a joué PRIM, en tant que centre d’accès et centre de production médiatique au cours des décennies auprès des artistes intéressés par l’utilisation de la vidéo et des nouveaux médias comme moyen d’expression artistique. De plus, ce fonds couvre une période de l’art vidéo au Québec mal documentée et dont beaucoup des œuvres représentatives ne circulent plus depuis longtemps. On trouve dans ce fonds des productions d’artistes québécois francophones et anglophones ainsi que des productions d’artistes étrangers qui sont passés par Montréal.

Historique et constitution du fonds 1

Le fonds PRIM d’art vidéo a été constitué au cours d’une longue histoire de près de 40 ans et il est intimement lié à l’évolution de deux organisations, Véhicule Art et PRIM. Il a aussi été au cœur des activités vidéographiques d’une époque qui découvrait le nouveau médium de la vidéo.

La galerie Véhicule art ouvre ses portes  le 13 octobre 1972 à l’initiative d’artistes montréalais comme Milly Ristvedt, Henry Saxe, Suzy Lake, John Heward, Patrick Darby, Serge Tousignant et d’autres. L’année suivante, en novembre 1973, René Blouin dirige l’organisation qui comprend plusieurs « départements » dont un consacré à la vidéo. En janvier 1974, Véhicule acquiert une unité de tournage vidéo, un Portapak (caméra et appareil d’enregistrement sur ruban demi-pouce à bobine ouverte). Cet équipement est utilisé pour deux choses : d’abord pour documenter des événements, des ateliers et des performances d’artistes; et comme moyen de création artistique par des artistes intéressés à explorer le nouvel outil, tels Suzy Lake, Françoise Sullivan ou Bill Vazan.

En 1975 la section vidéo de la galerie devient connue sous l’appellation de Vidéo-véhicule et opère en tant que centre d’accès aux équipements de production et post-production vidéo. L’une des co-fondatrices du centre est Marshalore, une artiste de la performance qui utilise la vidéo et commence à produire des œuvres vidéographiques. Sur le plan technique, c’est aussi la période où l’on passe du demi-pouce au trois quart de pouce (format U-matic).

En 1980, une scission survient et Vidéo-Véhicule se dissocie de la galerie et change de nom pour devenir les Productions et réalisations indépendantes de Montréal (PRIM) qui est officiellement fondé le 16 juillet 1981. Les co-fondateurs en sont Robert Morin, Roisin Mooney et David Rahn. La nouvelle organisation continue d’être un centre d’accès technologique (une forme de centre d’artiste autogéré reconnu par le Conseil des arts du Canada dès cette époque). Avec le début des années 1980, une nouvelle génération d’artistes et de vidéastes arrivent sur la scène : Daniel Dion et Phillipe Poloni, Jean Décarie (alias Neam Cathod), Istvan Kantor (alias Monty Cantsin), François Girard qui fait ses premières œuvres, Luc Bourdon, Anne Ramsden et plusieurs autres. En 1991, PRIM se redéfinit en tant que centre de production en arts médiatiques regroupant le cinéma, la vidéo, l’audio et les nouveaux médias. Ainsi, ce fonds est constitué de bandes vidéos et d’œuvres reflétant les activités et l’évolution de ces organisations et témoigne du travail de plusieurs artistes et cinéastes d’ici et d’ailleurs qui, depuis, ont fait leur marque en art contemporain et dans le cinéma.

Importance historique et culturelle du fonds

Le fonds PRIM d’art vidéo, comme il a été expliqué précédemment, couvre une période historique importante de l’art contemporain montréalais et québécois et concerne le développement des activités vidéographiques de la scène artistique qui va des années 1970 à 2000. La nomenclature des artistes et cinéastes québécois et canadiens de toutes générations et de toutes tendances dont les œuvres se retrouvent dans ce fonds est impressionnante :  Gisèle Amantea, Raphael Bendahan, Luc Bourdon, François Girard, Bill Vazan, Luc Courchesne, Marie Chouinard, Chantal Dupont, Pierre Falardeau et Julien Poulin, Rodrigue Jean, Nelson Henricks, LaLaLa Human Steps, Claude Lamarche (1953-2007), Sylvie Laliberté, Michel Lemieux, Diane Poitras, Rick Raxlen, Alain Thibault et Yann Breuleux, Ricardo Trogi, Louis Bélanger et Denis Chouinard, Sorel Cohen, Noel Harding, Barbara Steinman, pour ne nommer que les plus connus; parmi les artistes étrangers, nommons Bill Viola, Nan Hoover, Constance de Jong, Giani Toti, Pierre Boogaerts.

Toutes les productions de ces artistes, vidéastes et cinéastes ont été faite grâce aux installations et programmes de PRIM (accès, co-production, aide à la production, résidences, etc.) Ainsi ces documents vidéo possèdent une double qualité : d’abord en tant que document témoignant du rôle de PRIM dans la production indépendante au Québec, ensuite comme œuvre ou ensemble d’œuvres de ces différents artistes. Par exemple, la vidéographie pratiquement complète d’un jeune François Girard à ses débuts, avant qu’il ne se fasse connaître comme réalisateur de long métrage.

Plus généralement, ce fonds témoigne de l’évolution des rapports entre vidéographie et pratiques artistiques aux différentes époques concernées, de l’art conceptuel des années 1970 aux œuvres expérimentales ou de fiction des années 1980, des rapports conflictuels et mouvants entre cinéma et vidéo d’un côté et cinéma et télévision de l’autre (par exemple les vidéoclips d’artistes comme Girard, Michel Lemieux ou Bernar Hébert des années 1980). Enfin, ce fonds rend compte de la constante hybridité de la vidéo toujours en dialogues avec les disciplines artistiques (arts visuels, danse, performance, théâtre et musique) de la période concernée par ce fonds.

État de conservation et urgence d’agir

Comme pour tout fonds d’archives audiovisuelles, l’état de conservation des bandes vidéos qui le constituent varient grandement selon l’historique d’entreposage, les formats et l’âge des rubans. Le fonds PRIM d’art vidéo est ainsi constitué de 189 rubans demi-pouce noir et blanc et couleur; de 683 cassettes ¾ de pouce U-matic; de 228 cassettes  Betacam et Betacam SP; 173 cassettes de divers formats allant de VHS et S-VHS, à HDCAM en passant par le DVC Pro et le Hi8.

Au moment de l’acquisition, nous n’avons pas fait de vérifications des rubans, autrement qu’une inspection visuelle de l’objet (ruban ou cassette). Mais des formats comme le demi-pouce des années 1970 ainsi que le matériel en ¾ de pouce, requièrent des actions extrêmement urgentes afin de numériser les œuvres sur ces supports obsolètes. Pour ce faire, nous avons obtenu une subvention du Réseau québécois de numérisation du patrimoine sous condition que le Gouvernement du Québec renouvelle le financement du programme; le financement n’a pas été renouvelé à ce jour. Ainsi le travail de numérisation attend toujours. Nous avons confiance que nous pourrons numériser adéquatement la plupart des œuvres. Ce qui reste inconnu, c’est le besoin de restauration que certaines d’entre elles pourraient requérir.

Notes:

  1. Sources : Duchaine, Andrée (1982). Vidéo du Québec. Montréal : Ministère des Affaires culturelles et site Web de PRIM : http://www.primcentre.org/