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LES BIOGRAPHIES > Jean-Claude Labrecque

Photo de tournage. [196?] Jean-Claude Labrecque. Noir et blanc. 1995.0352.PH.49.Jean-Claude Labrecque a tourné plus de la moitié du film à titre de caméraman et directeur de la photographie. Caméra : Auricon avec un chargeur de 1000 pieds.
Photo de tournage.
[196?] Jean-Claude Labrecque. Noir et blanc. Coll. Cinémathèque québécoise.1995.0352.PH.49.
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LABRECQUE, Jean-Claude, réalisateur, chef opérateur, scénariste (Québec, 1938). Deux fois orphelin (ses parents adoptifs meurent prématurément), il ne devra compter que sur lui-même. À 18 ans, il gagne sa vie en photographiant des mariages et en travaillant à l’Office du film du Québec, où Paul Vézina lui enseigne les rudiments de la caméra. Il apprend son métier à l’ONF, où, pendant deux ans, il traverse le Canada de la Gaspésie aux territoires glacés du Yukon, à titre d’assistant cameraman. Cette formation première fera de lui un technicien exigeant et précis, audacieux et innovateur. Après cet apprentissage, il devient chef opérateur et travaille avec Claude Jutra (À tout prendre, 1963), Léonard Forest (Mémoire en fête, 1964, c. m.), Pierre Perrault (Le règne du jour, tournage dans le Perche, 1965), Gilles Carle (La vie heureuse de Léopold Z., 1965 ; Les corps célestes, 1973), Gilles Groulx (Le chat dans le sac, 1964; Un jeu si simple, 1965, c.m.), Don Owen (Notes for a Film about Donna and Gail, 1966; The Ernie Game, 1967), Anne Claire Poirier (De mère en fille, 1967), Larry Kent (Fleur bleue, 1971) et quelques autres, avec une pointe jusqu’en Italie, où il tourne, pour Gian Franco Mingozzi, un documentaire sur Michelangelo Antonioni. En 1965, à la suggestion de Jacques Bobet, il réalise son premier film, 60 cycles (c. m.), brillant compte rendu visuel du tour cycliste du Saint-Laurent dont les prouesses techniques lui valent une quinzaine de prix, notamment un premier prix du court métrage au Festival de Moscou. Dès lors et tout au long de sa carrière de réalisateur, Labrecque s’attache à fixer sur la pellicule des moments significatifs de l’histoire du Québec, qu’elle soit sportive, culturelle ou politique. C’est sa caméra qui immortalise le « Vive le Québec libre ! » dans un reportage inspiré sur La visite du général de Gaulle au Québec (1967, c. m.). Pour La nuit de la poésie 27 mars 1970 (coréal. J.-P. Masse, 1970), il imagine de toutes pièces un événement : au théâtre du Gesù, à Montréal, devant un public enthousiaste, donne la parole aux poètes qui s’en emparent avec ferveur dans la plus vivante des anthologies. Dix ans plus tard, il donne suite à cette première expérience avec La nuit de la poésie 28 mars 1980 (coréal. J.-P. Masse), puis reprend ce concept onze ans après en tournant La nuit de la poésie 15 mars 1991 (coréal. J.-P. Masse). S’il s’écarte une seule fois de ses sources privilégiées d’inspiration, c’est pour la réalisation d’un film expérimental, Essai à la mille (1970, c. m.), d’après une œuvre de musique concrète du compositeur français Pierre Henry. Avec ses images brûlantes et hallucinées sur un texte incantatoire (l’Apocalypse de saint Jean), le film remporte un Canadian Film Award. Réalisateur-coordonnateur du film officiel des Jeux olympiques de Montréal, Labrecque organise pour Jeux de la XXIe Olympiade (coréal. J. Beaudin, M. Carrière et Georges Dufaux, 1977) un traitement qui privilégie l’être humain avant la performance sportive. Avec ses deux films sur Paul Provencher (Le dernier des coureurs des bois et Les Montagnais, 1979, m. m.), il revient au portrait intimiste qu’il a déjà pratiqué avec son film sur Félix Leclerc, La vie (coréal. J.-L. Frund, 1968, m. m.). Mais Labrecque atteint un sommet dans ce genre avec Marie Uguay (1982, m. m.), documentaire sur une jeune poète talentueuse dont le témoignage est d’autant plus émouvant qu’il est livré au seuil de la mort (elle entrera à l’hôpital dès la troisième journée du tournage pour y mourir d’un cancer à 26 ans).

Chef opérateur de tous ses documentaires, Labrecque est coscénariste de toutes ses fictions. Il s’y aventure pour la première fois avec Les smattes (1972), qui, inspiré d’un fait divers authentique, raconte le drame provoqué par la fermeture, décrétée par les fonctionnaires du Bureau d’aménagement de l’Est du Québec d’un village gaspésien. Mais c’est avec Les vautours (1975) que le réalisateur trouve un style qui lui est propre pour raconter une histoire plus proche de lui. Dans la ville de Québec, vers la fin des années 50, des tantes (Carmen Tremblay, Monique Mercure et Amulette Garneau) dépouillent leur neveu Louis Pelletier (Gilbert Sicotte) du maigre héritage que sa mère lui a laissé. Transcendant l’anecdote autobiographique, un indéniable sens du comique, la découverte d’un comédien, la description d’une jeunesse impatiente de vivre, l’atmosphère étouffante d’une société en voie d’extinction, le ton juste et l’écriture personnelle font des Vautours un des meilleurs films de Labrecque. L’affaire Coffin (1979), avec August Schellenberg, s’inspire de Jacques Hébert pour lever le voile sur une erreur judiciaire commise sous le pouvoir duplessiste. Labrecque reprend ensuite son personnage des Vautours, Louis Pelletier, qu’il installe à Montréal avec sa femme. Commençant par un mariage et se terminant aux jours sombres d’Octobre 70, Les années de rêves (1984) est le constat doux-amer des espoirs trahis d’une génération. Film de commande, Le frère André (1987) n’est pas, comme on aurait pu le craindre, l’hagiographie d’un personnage falot, mais un film sobre et émouvant. En 1989, Labrecque réalise Bonjour monsieur Gauguin, un téléfilm souriant et fantaisiste d’après un scénario de Jacques Savoie. Il signe ensuite L’histoire des trois (1989), documentaire sur trois étudiants qui, en 1958, ont assiégé pendant trois mois le bureau du premier ministre Maurice Duplessis dans le but de rendre l’instruction accessible à tous.

Au fil des années, Labrecque n’abandonne pas pour autant la direction de la photographie. C’est à ce titre qu’on le retrouve notamment au générique de documentaires de Michel Moreau (Le million tout-puissant, 1985; Les trois Montréal de Michel Tremblay, 1989, m. m. ; Une enfance à Natashquan, 1992), de Fernand Dansereau (De l’autre côté de la lune, 1993), de Lucie Lachapelle (Femmes de Dieu et Ouvrières de Dieu, 1999, deux m. m.), d’Anne Ardouin ( Une rivière imaginaire, 1993, m. m.), de Jocelyne Clark (Édith et Michel, 2004, m. m.) et de Bernard Émond (Le temps et le lieu, 1999, m. m.). Il signe également les images des longs métrages de fiction La femme qui boit (B. Émond, 2000), Mariages (C. Martin, 2001) et La neuvaine (B. Émond, 2005). Pour la télévision française, il tourne les 15 demi-heures de la série sur la préhistoire Le roman de l’homme, d’après Marcel Jullian, dont il réalise deux épisodes (1997). Ce n’est pas sa première rencontre avec la télévision, pour laquelle il a réalisé deux séries dramatiques : Le sorcier, d’après le roman de Francine Ouellette (1994), et Parents malgré tout sur le thème de l’adoption internationale (1995) Dans les années 90, il réalise trois documentaires importants : 67 bis, boulevard Lannes (1990, m. m.) sur la rencontre déterminante entre Claude Léveillée et Édith Piaf à Paris fin des années 50, André Mathieu, musicien (1993) sur la tragédie d’un enfant prodige qui n’a pas su vieillir, et L’aventure des Compagnons de Saint-Laurent (1995) sur la naissance du théâtre au Québec. En 1999, il tourne Anticosti au temps des Menier, un film qui relate la colonisation de l’île d’Anticosti par le richissime chocolatier français Henri Menier et son homme de confiance (Jean-Luc Bideau). Dans Le R1N (2002), il retrace l’historique du premier parti indépendantiste québécois éclairé par les témoignages d’Andrée Ferreti, Pierre Bourgault et André d’Allemagne. L’année suivante, il suit le premier ministre péquiste Bernard Landry tout au long de sa campagne électorale. Coulisses du pouvoir, démêlés avec la presse, portrait émouvant, mais sans complaisance d’un politicien qui saura dignement encaisser la défaite, À hauteur d’homme est un film percutant qui vaudra à Labrecque un authentique succès populaire de même que le Jutra du meilleur documentaire et le Gémeaux de la direction photographique, qu’il partage avec son fils Jérôme Labrecque (Jean-Claude Labrecque cinéaste du contemporain, 2001, m. m.). Dans Le grand dérangement de Saint- Paulin-Dalibaire (2004, m. m.), en quelque sorte une suite des Smattes, Labrecque recueille les témoignages de Gaspésiens chassés de chez eux 30 ans plus tôt. Les blessures sont encore vives, et les témoignages touchants. Le chemin d’eau (2005) explore cette région de la Basse-Côte-Nord dont les villages isolés ne sont reliés par aucune route. Il consacre ensuite un documentaire à la ville de Québec, Québec intra-muros (2008), dont le tournage doit s’étaler sur un an. La sortie du film doit coïncider avec le 400e anniversaire de la fondation de la Vieille Capitale. De 1976 à 1978, il occupe la présidence de la Cinémathèque québécoise, organisme auquel il consacre un assemblage de rushes, Les amis de la Cinémathèque, montré à l’occasion du 25e anniversaire de l’institution. De 1991 à 1993, il est président des Rendez-vous du cinéma québécois et de 2001 à 2004 président du conseil des Jutra. On lui décerne le prix Albert-Tessier en 1992 et le Jutra-Hommage en 2008.

films comme réalisateur

60 cycles (1965, c. m.), La visite du général de Gaulle au Québec (1967, c. m.), The Land (Osaka 70) (coréal. R. Tasker, 1968, c. m.), La vie (coréal. J.-L. Frund, 1968, m. m.), L’hiver en froid mineur (1969, c. m.), Les canots de glace (1969, c. m.), La guerre des pianos (coréal. J. Dansereau et M. Fortier 1969, m. m.), La nuit de la poésie 27 mars 1970 (coréal. J.-P. Masse, 1970), Essai à la mille (1970, c. m.), Images de la Gaspésie (1972, c. m.), Hochelaga (1972, c. m.), Université du Québec (1972, c. m.), Les smattes (1972), Entreprise de toute une vie (coréal. Jacques Gagné, 1973), Les notes de la vie (1973, c. m.), Claude Gauvreau, poète (1975, m. m.), Québec-fête, juin ’75 (coréal. C. Jutra, 1976), On s’pratique… c’est pour les Olympiques (1975, m. m.), Les vautours (1975), Jeux de la XXIe Olympiade (coréal. J. Beaudin, M. Carrière et Georges Dufaux, 1977), Pierre à coton (1978, c. m.), Le dernier des coureurs des bois (1979, m. m.), Les Montagnais (1979, m. m.), L’affaire Coffin (1979), Paroles du Québec (1980), La nuit de la poésie 28 mars 1980 (coréal. J.-P. Masse, 1980), Marie Uguay (1982, m. m.), Les années de rêves (1984), Le frère André (1987), Bonjour monsieur Gauguin (1989), L’histoire des trois (1989), La nuit de la poésie 15 mars 1991 (coréal. J.-P. Masse, 1991), 67 bis, boulevard Lannes (1990, m. m.), André Mathieu, musicien (1993), Le sorcier (1994, télésérie), Parents malgré tout (1995, télésérie), L’aventure des Compagnons de Saint-Laurent (1995), Le Musée des arts et traditions populaires de Trois-Rivières (1996, c. m.), Nos récits de voyages (1996, c. m.), Le roman de l’homme (1997, télésérie), Portager le rêve (coréal. S. Beauchemin et A. Gladu, 1998, c. m.), Anticosti au temps des Menier (1999), Un théâtre dans la cité: le TNM (coréal. Y. Desgagnés, 2002), Le R1N (2002), À hauteur d’homme (2003), Le grand dérangement de Saint-Paulin-Dalibaire (2004, m. m.), Le chemin d’eau (2005), Infiniment Québec (2008), Félix (2009, m. m.), Les enfants carton (2011, m. m.), Maria Chapdelaine (titre de travail) (2014). Bibliographie: LABRECQUE, Jean-Claude et Francine LAURENDEAU, Souvenirs d’un cinéaste libre, Art global, 2009. (Francine Laurendeau. Le dictionnaire du cinéma québécois)

Dossier réalisé avec la collaboration de