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LES BIOGRAPHIES > Gilles Groulx

GROULX, Gilles, monteur, réalisateur, scénariste (Montréal, 1931 – Longueuil, 1994). Il pratique plusieurs métiers, fréquente l’École des beaux-arts et commence une carrière de peintre avant de réaliser quelques films de commande pour la télévision et de devenir monteur d’actualités au service des nouvelles de Radio-Canada. En 1957, il publie un recueil de poèmes. Il entre comme monteur à l’ONF en 1956, puis devient réalisateur. L’organisme fédéral produira tous ses films à l’exception de Québec… ? (coréal. G. Godin, 1967, c. m.) et Place de l’équation (1973, c. m.). Il coréalise, avec Michel Brault, son premier documentaire, Les raquetteurs (1958, c. m.), qui marque également les véritables débuts de l’équipe française de l’ONF. À l’origine, le film doit être un reportage de quatre minutes destiné à la série « Coup d’œil », et il s’en faut de peu qu’il ne voie pas le jour puisque, dans un premier temps, la direction de l’ONF le refuse. C’est pourquoi Groulx le monte dans ses moments de loisir. Tournage et montage vont à l’encontre des méthodes en cours jusqu’alors à l’ONF ; les cinéastes se font francs-tireurs, et leur esprit d’initiative sera le ferment de création et de révolte qui soufflera sur l’équipe française de l’ONF jusqu’au milieu des années 60. Les raquetteurs devient rapidement un classique du cinéma direct. Pendant toute une journée, la caméra observe avec indiscrétion et ironie le comportement d’un groupe de raquetteurs réunis en congrès à Sherbrooke. Le film, un portrait lucide, subjectif et critique, est une véritable démystification de la sclérose de la société québécoise d’alors. Après ce documentaire, Groulx tourne Normétal (1959, c. m.), du nom d’une petite ville minière du Nord-Ouest québécois. L’ONF oblige le réalisateur à revoir son film. Dégoûté, il refuse de le signer. Après La France sur un caillou (coréal. C. Fournier, 1960, c. m.), documentaire sur les îles Saint-Pierre-et-Miquelon, Groulx tourne Golden Gloves (1961, c. m.). Ce portrait sensible et précis d’un jeune boxeur noir, chômeur d’un quartier ouvrier montréalais, est considéré comme l’une des meilleures réussites du cinéma direct. Groulx y révèle plus que jamais ses talents de monteur et de réalisateur, allant au cœur du sujet d’une façon instinctive, mais sans jamais trahir la réalité. Sur un texte de l’écrivain Paul-Marie Lapointe, le cinéaste donne ensuite une fable poétique sur le monde moderne, Voir Miami… (1963, c. m.). « Poétique » n’est pas un mot trop fort pour qualifier ce documentaire sur le lieu idéal de vacances hivernales des Québécois. Le didactisme et la gravité attribués depuis longtemps au documentaire sont ici définitivement abolis et font place à la spontanéité et à la liberté. Par associations, le commentaire et le montage suivent la complexité et la modulation de l’improvisation en jazz. Groulx signe ensuite un autre documentaire, Un jeu si simple (c. m.), beau film grave sur le hockey, d’où ne sont pas absentes encore une fois les préoccupations politiques du réalisateur. Un jeu si simple obtient le Grand Prix du Festival de Tours de 1964. Par la suite, à la demande de son employeur, Groulx atténue la portée du commentaire et produit une nouvelle version de son film, mise en circulation en 1965.

Le chat dans le sac (1964) fait figure d’exemple et de pionnier dans le cinéma québécois par l’extrême liberté de sa structure et la portée politique de son sujet. Avec le budget alloué et prévu pour un court métrage, Groulx tourne son premier long métrage de fiction. Il met en scène un homme et une femme d’origines différentes : elle, Barbara, est juive et anglophone ; lui, Claude, est Québécois de langue française et indépendantiste, porté vers l’introspection et tenaillé par un vif désir de désaliénation. Accordant une grande place à l’improvisation, Le chat dans le sac est proche des premiers films de Godard et de Bertolucci. Cette chronique d’une prise de conscience des problèmes québécois possède un charme poétique évident et un rythme musical apparenté au jazz. Le film est révélateur des sentiments qui agitent la société québécoise des années 60. Le cinéma direct, appliqué à ce récit autocritique, acquiert toutes ses lettres de noblesse, qui sont ici synonymes de courage, de liberté et de sincérité. Groulx continue d’approfondir, avec Où êtes-vous donc? (1968), l’image de l’homme québécois abordée dans son premier long métrage. À l’origine, le projet doit être une étude sur le phénomène de la chanson québécoise, mais il dérape vers une fiction insolite et provocatrice sur la révolte et la révolution, en mettant en scène deux hommes et une femme aux prises avec la dure réalité citadine. Mêlant les couleurs monochromes et le noir et blanc, la voix off et les intertitres, la chanson et le commentaire chanté, les angles insolites des prises de vues et l’accéléré, le film, qu’on a comparé à un oratorio lyrique, tend un miroir désespéré de la condition des Québécois qui voient constamment leurs rêves se briser sur un réel qu’ils ne réussissent pas à s’approprier. Entre tu et vous (1969) présente, en sept tableaux, une chronique de la vie quotidienne dominée par les médias et la publicité. Un homme et une femme ne peuvent plus communiquer, soumis au bombardement idéologique qui noie leur singularité. Intransigeant et pessimiste, Entre tu et vous est considéré à sa sortie comme un film difficile et hermétique, jugement que le temps a contredit : sa violence formelle correspond exactement à son propos sur la répression politique et sexuelle. Groulx entreprend en 1971, avec la collaboration du politologue Jean-Marc Piotte, 24 heures ou plus… (1976), réflexion libre et à voix haute sur l’état politique du Québec. À cause de son propos marxiste et indépendantiste, l’ONF juge le film politiquement inacceptable, et sa sortie n’est autorisée que cinq ans plus tard. Interrogation à vif sur la société québécoise, 24 heures ou plus… perd, par ce retard, de son efficacité. Toujours dans la veine militante, Groulx réalise Primera pregunta sobre la felicidad/ Première question sur le bonheur (1977), une coproduction avec le Mexique. Après ce documentaire sobre et elliptique sur un groupe de paysans mexicains défendant la réforme agraire, Groulx tourne Au pays de Zom ( 1982), une fable récitée et chantée sur les vices et les vertus de la richesse. Très stylisé, ce film raconte une journée dans la vie d’un industriel étroit d’esprit et imbu de lui-même, M. Zom. Le récit, divisé en neuf tableaux, renvoie à Brecht, avec ses intertitres, sa distanciation affichée et sa critique acerbe de la bourgeoisie. La carrière de Groulx est interrompue par un grave accident survenu en 1980, à la fin du tournage d’Au pays de Zom. En 1985, il obtient le prix Albert-Tessier. Richard Brouillette lui consacre un film, Trop c’est assez (1995). En 1999, on distribue un film muet visiblement inachevé, qu’il a tourné en 1954, Les héritiers (c. m.), montage d’images de Montréal où le cinéaste met l’accent sur les contrastes.

FILMS

Les héritiers (1954, c. m.), Les raquetteurs (coréal. M. Brault, 1958, c. m.), Normétal (1959, c. m.), La France sur un caillou (coréal. C. Fournier, 1960, c. m.), Golden Gloves (1961, c. m.), Voir Miami… (1963, c. m.), Le chat dans le sac (1964), Un jeu si simple (1965, c. m.), Québec… ? (coréal. G. Godin, 1967, c. m.), Où êtes-vous donc? (1968), Entre tu et vous (1969), Place de l’équation (1973, c. m.), 24 heures ou plus… (1976), Primera pregunta sobre la felicidad/Première question sur le bonheur (1977), Au pays de Zom (1982).

BIBLIOGRAPHIE

« Cinéaste du Québec 1 » : Gilles Groulx, Conseil québécois pour la diffusion du cinéma, 1969 • STRARAM le Bison Ravi, Patrick, PIOTTE Pio le fou, Jean-Marc, Gilles Cinéma Groulx le lynx inquiet, Cinémathèque québécoise/Éditions québécoises, 1971 • GROULX, Gilles, Propos sur la scénarisation, Collège Montmorency/Cinémathèque québécoise, 1986 • NOËL, Christine, Aliénation et subversion : le cinéma de Gilles Groulx (1964-1971), mémoire, Université de Montréal, Montréal, 1998.

VIDÉOGRAPHIE

L’œuvre de Gilles Groulx, coffret et livret, 2002, collection « Mémoire », Office national du film du Canada. (André Roy et Michel Coulombe, Le Dictionnaire du cinéma québécois)

Dossier réalisé avec la collaboration de