La Cinémathèque québécoise

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En guise de présentation

Le 10 août 1963, le film À tout prendre de Claude Jutra était projeté en première mondiale au cinéma Loew’s dans le cadre du 4e Festival international du film de Montréal. Il suscita un magnifique élan d’enthousiasme chez les spectateurs, bien que certains restèrent dubitatifs tellement le film innovait en matière de cinéma. Enfin, un cinéaste québécois digne de figurer aux côtés des Godard, Cassavetes, Polanski, Marker, Resnais et autres créateurs d’avant-garde méritait de s’inscrire au patrimoine de notre cinéma national.

Le 15 mai 1964, le film prenait l’affiche au Saint-Denis et au Bijou, deux salles montréalaises, après avoir remporté plusieurs prix au Canada et à l’étranger. Une carrière internationale remarquable s’enclenche alors que les droits internationaux sont cédés à la société américaine United Artists.

Afin de souligner ce 50e anniversaire, nous proposons un dossier Web documentaire sur et autour d’À tout prendre en rendant tout d’abord disponible l’intégralité du film dans sa version originale française et dans sa version anglaise traduite par Leonard Cohen. Les bandes-annonces et de très nombreux documents afférents au film (photos, affiches, croquis, correspondances, documents de production) ainsi que des textes publiés sur le film complètent le dossier. Des archives provenant de la télévision et de la radio à l’époque du lancement du film, pratiquement jamais diffusées depuis, témoignent de l’attention médiatique particulière que l’on porta à cette œuvre.

Éclairant la portée historique d’À tout prendre, des entrevues avec des collaborateurs et des admirateurs du cinéaste, tirées en grande partie du matériel de tournage du film de Paule Baillargeon, Claude Jutra, portrait sur film (2002), seront bientôt mises en ligne.

Un film fondateur du cinéma québécois

Au moment où la Révolution tranquille bat son plein, Claude Jutra fait entrer de plain-pied le cinéma québécois dans la modernité.

À tout prendre est le premier long métrage de fiction de nature autobiographique réalisé au Québec et tourné selon les méthodes et les techniques du cinéma direct. En raison d’un esthétisme hors du commun, attaché à l’expression intimiste et libertaire des personnages de Claude et Johanne, le film suscite à sa sortie un mélange d’étonnement admiratif et d’indignation vertueuse. Claude Jutra ose revivre à l’écran sa propre histoire d’amour avec Johanne Harrelle, qui deviendra le premier mannequin noir de la haute couture montréalaise. Pour la première fois en Amérique on filme une scène de lit entre un Blanc et une Noire. Tous les deux se livrent en toute liberté à une confession mutuelle, ce jeu de la vérité conduisant Johanne à s’enquérir de l’homosexualité probable de Claude. De même, ils devront se confronter à l’angoissant dilemme de l’avortement lorsque Johanne tombera enceinte.

Cette production indépendante s’appuie sur un travail d’improvisation et sur les souvenirs des trois principaux protagonistes (Claude, Johanne et Victor). Les dialogues gardent ainsi une authenticité indéniable dotée de caractéristiques personnelles et exclusives. Le ton fantaisiste où le rire et le plaisir de se raconter sont essentiels, même dans les moments les plus graves, donne à cette œuvre une vitalité artistique nouvelle et toujours actuelle.

Claude Jutra possédait un immense talent de création et d’écriture à la table de montage, c’est là qu’il façonnait ses films. Pour À tout prendre, il avait d’abord tourné la majorité des scènes, sans scénario précis et en versions multiples. Tel un écrivain travaillant avec son propre dictionnaire de mots et de formulations, il s’est constitué un recueil d’images et de sons à partir duquel il composera son film. Ainsi, il mettra au point de multiples pistes ou couches de signification à chacune des séquences en leur associant un commentaire ou un dialogue en voix hors champ, une citation, une musique, une insertion sonore, une onomatopée, et ce en un mouvement perpétuel, complexe et quelques fois contradictoire.

Grâce à cette nouvelle accessibilité au film et à l’immense documentation conservée dans les archives1, il sera ainsi possible de mieux saisir comment ce chef-d’œuvre explore avec une justesse émouvante des tabous que les décennies n’ont pas su faire disparaître complètement.

Pierre Jutras

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Claude Jutra
Claude Jutra
Coll. Cinémathèque québécoise.1995.0352.PH.28.
Johanne HarrelleColl. Cinémathèque québécoise.2013_0514_PH_17.
Johanne Harrelle
Coll. Cinémathèque québécoise.2013_0514_PH_17.
À tout prendre (Claude Jutra) : visionner le film intégral
À tout prendre (Claude Jutra) : visionner le film intégral
Avec la collaboration de