La Cinémathèque québécoise

Collections en ligne

Ce site est rendu possible grâce à la fondation Daniel Langlois

Dossiers sur les collections

Le cinéma, puissante machine du XXe siècle

Photo-montage du studio de Pat Sullivan, producteur de la série Félix the cat. À gauche : Otto Mesmer (réalisateur). Raoul Barré apparaît deux chaises plus loin. Coll. Cinémathèque québécoise : 2003.0473.PH

L’industrialisation de l’animation, fondée sur la répartition du travail de traçage et de tournage parmi les membres d’une équipe supervisée par un réalisateur et un producteur, s’amorce durant les années 1910 à New York. Raoul Barré ouvre son studio en 1914 dans le Bronx, dans ce contexte de concurrence féroce. Il embauche de jeunes dessinateurs et artistes à qui il inculque les rudiments de l’animation et raffine leur sens artistique en organisant à leur intention des séances de modèle vivant.

Il réalise et produit deux séries fantaisistes : les Animated Grouch Chasers et les Phables. La première consiste en des sketches animés intégrés à une action en prises de vues réelles, tandis que la deuxième est une adaptation d’une bande dessinée de Tom E. Powers, qui porte un regard ironique sur les mœurs contemporaines. Le style dépouillé de ses cartoons évoque les dessins à la Caran d’Ache des années 1890.

En 1916, il s’associe à Charley Bowers avec lequel il tourne les Mutt & Jeff au sein du Barré-Boxers Studio, jusqu’à ce qu’ils se brouillent. Barré quitte la ville pour se réfugier dans la campagne new-yorkaise où il se s’adonne à la peinture de nouveau, séjourne à Montréal et à Paris, et revient à New York en 1926 en joignant l’équipe de Pat Sullivan, producteur des Félix the Cat, où il collabore à sept épisodes de la série.

Carnet de notes de Raoul Barré, non daté. Coll. Cinémathèque québécoise : 2005.0549.07.AR

L’un des carnets faisant partie de notre collection comporte quelques adresses notées par Raoul Barré lui-même, possiblement vers 1921 et 1922. On y trouve notamment l’adresse d’un restaurant en France, Le Chapon fin, suivi d’un commentaire faisant comprendre que Barré y a apprécié le vin rouge. Plus intéressant est le profil des individus dont Barré note les coordonnées : il s’agit surtout de personnalités œuvrant dans le domaine de l’animation et de l’illustration à New York, Paris, Londres et Montréal. Cherchait-il du travail? Avait-il un projet de film en tête? A-t-il rendu visite à toutes ces personnes? Le carnet ne donne pas de réponse. Toutefois, on y remarque l’adresse de Pat Sullivan, pour qui Raoul Barré travaillera quelques années plus tard.

Règle à ergots. Invention de Raoul Barré. Coll. Cinémathèque québécoise : 2005.0026.OB.01.

La contribution fondamentale de Raoul Barré à l’animation réside dans ses deux inventions qui simplifient et accélèrent le travail de l’animateur tout en améliorant la qualité du mouvement. Le slash system est un procédé antérieur aux cellulos, qui consiste à découper une ouverture dans la feuille de décor et à placer celle-ci sur les éléments à animer. Si le slash system, en dépit de son efficacité, est tombé rapidement en désuétude aussitôt arrivée l’invention du cellulo en 1914, la deuxième invention constitue une véritable révolution. En effet, Barré a l’idée d’une règle sur laquelle il fixe deux ergots. Les feuilles de dessin, perforées dans la partie supérieure ou inférieure, sont immobilisées sur le peg bar (ou règle à ergots). Combinée au slash system, cette invention stabilise la succession des images et permet un décor plus détaillé.