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KALAMAZOO

KALAMAZOO

(Synopsis d’un film en prépara­tion, écrit par André Forcier et Jacques Marcotte.)

KALAMAZOO est un film d’amour sur la difficulté d’aimer: un film sur l’amour où les personnages parlent presque toujours d’amour. Ils sont Cotnoir, Globenski et S.

Le vieux Cotnoir rencontre une très vieille sirène (S.) qui vit depuis longtemps dans le port de Montréal et ils s’énamourent. Les vieux amants rattrapent Glo­benski, parti rejoindre Helena Montana, maintenant à Saint-Marteen, une Antille hollandaise. Lors de cette croisière sur le Bouvier des Mers, un petit voilier bancal qui n’a jamais navigué, S. rajeunit d’amour. C’est une créature d’une autre espèce, non une femme idéalisée. Elle a vieilli, car elle a manqué d’amour; comme on l’aime et qu’elle aime, elle rajeunit. Cotnoir, qui ne rajeunit pas, se morfond de ne pas aimer assez. Cette quête d’immortalité par l’amour l’obsède. Il peste contre son corps et sa vieille chair. Il y a quelque chose d’inégal. Elle perd, pense-t-il, ce qu’il gagne en âge. Peut-être ne l’aime-t-elle pas assez. Sur ce, il menace de ne plus l’aimer afin qu’elle aussi vieillisse. Mais c’est impossible, car il l’aime. Un jour il reprend ses marottes avec plus de vigueur. Il agrippe S. par le bras et veut la séquestrer dans la cale. Faire l’amour plus souvent, pense-t-il, pourrait le régénérer. Il la secoue brutalement. Quand Globenski intervient, il se met à pleurer. Éhonté, il va bouder dans la petite barque que remorque le Bouvier. Un jour, il revient sur le voilier et livre ses réflexions. En substance, il ex­plique que l’espèce humaine est mortelle par son incapacité à aimer. Il demande pardon à son amante et la supplie de l’aider à aimer plus. Maudissant sa condition d’être mortel, il blâme son créateur. Sa quête est apparemment sans issue, quand le Bouvier des Mers arrive dans le port de Brest. S. qui les guidait vers Saint-Marteen par la route des bons vents, les a trompés. Mais Cotnoir meurtri, semble maintenant investi d’un lourd secret. Les amants quittent le Bouvier quand Glo­benski dort encore, et louent une limousine à Brest. Cotnoir amène sa jeune amante dans un lac près du village d’Izvernel dans le Finistère. Au fond du lac, près d’une centrale nucléaire, se trouve le mâle de son espèce. Ce mâle a lui aussi terriblement vieilli par manque d’amour. Pendant la guerre, le couple s’était réfugié dans ce lac pour avoir la paix. Une nuit, des manœuvres militaires blo­quèrent les courants sous-marins qui reliaient le lac au port de Brest. Seule, S. réussit à s’échapper, abandonnant son compagnon. La guerre finie, elle chercha de l’aide pour le sortir de sa prison; de port en port, elle arriva un jour à Montréal. Désespérée et vieillie à cause du manque d’amour, elle s’y installa. Par bonheur, il y eut la rencontre inespérée de ces deux hommes à la grande capacité d’aimer qui rêvaient d’Helena le soir sur le Bouvier des Mers. Il y a quelque chose de très beau chez le vieux Cotnoir qui ramène à la mer le couple de sirènes. Sa tâche terminée, il erre dans Brest et aperçoit Globenski avec Helena. Elle est venue le rejoindre. Helena n’est pas un amour imaginaire comme nous risquons de le suggérer. Elle félicite Cotnoir d’avoir entraîné l’amorphe et lymphatique Globenski dans cette étonnante traversée. Romancière, elle a toujours souhaité que ce petit lettreur de Varennes ou Boucherville fasse de la peinture, partage ses folies, s’allège. Elle propose qu’on trinque à la folie, quand Cotnoir, ce vieux biologiste, préfère qu’on trinque à l’amour. Ce faisant, il évoque le souvenir de S. mais Globenski ne s’en souvient plus. À vrai dire, Globenski ne sait pas trop ce qui s’est passé, mais il s’étonne du rajeunissement de Cotnoir.