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Quelques notes sur le court métrage de fiction*

On s’accorde généralement pour dire que le court métrage peut être :

  • un banc d’essai de jeunes auteurs, lesquels l’utilisent comme une sorte de tremplin pour accéder au long métrage
  • un terrain de recherches pour trouver de nouveaux modes d’ex­pression
  • un genre spécifique au sein d’un même art, comme la nouvelle est un genre littéraire.

Rapidité, ellipse, allusion, rigueur et clarté lui permettent de s’attaquer à des sujets impossibles à traiter dans le domaine du long métrage.

VOYAGEUR Photographie Alain Gauthier
VOYAGEUR
Photographie Alain Gauthier

Considéré à tort et à travers comme son modèle réduit, il correspond da­vantage à une miniature dont l’art repose sur le principe savant d’une composition consciente, rigide et orientée.

Faire œuvre de pionnier en matière de communication, provoquer des remous dans la conscience des indi­vidus et défier les problèmes de la société en lui faisant jouer un rôle d’éclaireur.

Dans cet ordre d’idées, force est de constater que le court métrage est un agent de transformation dont l’effi­cacité se mesure en terme de rentabi­lité culturelle et non économique.

En termes littéraires, la nouvelle est le récit complet d’un événement, d’un fait ou d’une situation qui se suffit à lui-même, sans aucune nécessité de développement ou d’analyse.

L’erreur est de croire que, proportion­nellement, la nouvelle est au long métrage ce qu’elle est au roman.

Par rapport au pouvoir de suggestion et d’allusion de la nouvelle, le court métrage, art de l’évidence, aborde la réalité ou le rêve d’une tout autre façon, c’est-à-dire, non pas par le récit, mais par le mouvement ou l’élan vers un événement, un fait ou une si­tuation en état de crise qui se résorbe ou atteint son paroxysme avant la chute finale.

Une façon élémentaire pour y arriver: l’observance des règles classiques d’unité de temps, de lieu et d’espace en accord avec des conditions de réalisa­tion simples. Deux facteurs qui peuvent être source d’étonnantes réussites.

Le plus fréquemment, il s’agit de réac­tions d’un ou de plusieurs personnages devant une situation donnée qu’ils or­ganisent et subissent. Un caractère, un sentiment peuvent déterminer cette si­tuation qui résume et illustre un thème.

Une promotion saine du court métra­ge, tant au niveau de la production que de la diffusion, doit se faire sur une base de reconnaissance en tant que genre spécifique. Cette spécificité est adulte. Il est faux de croire qu’il ne s’adresse qu’aux débutants.

Pour faire du court métrage, il faut de la décision et de la concision; ce genre de film nécessite donc un encadrement de production et de diffusion que l’aide des pouvoirs publics doit lui fournir.

Inadéquatement produit et diffusé, le court métrage est victime de con­traintes aléatoires tout au long de sa fabrication. Dès lors qu’on poursuit coûte que coûte la création, on se tourne vers soi et on se met en scène. Films refuges et de désarroi, la notion de spectacle disparaît. Or c’est un test nécessaire pour le jeune cinéaste en quête d’un public.

En termes de banc d’essai, de labora­toire et de genre spécifique, le court métrage se doit d’être encadré.

Hubert-Yves Rose


Scénariste, réalisateur et recherchiste Hubert-Yves Rose est l’auteur de L’HEURE BLEUE et de VOYAGEUR, deux courts métrages de fiction.


* Extrait d’un document ayant servi à l’établissement d’une politique du court métrage à l‘Institut québécois du cinéma en coproduction avec les télé­visions d’État.