La Cinémathèque québécoise

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Vidéo Femmes

On est toujours un peu embêté quand on nous demande quel métier on exerce? Sommes-nous des techniciennes de la vidéo, des créatrices ou des réalisatrices en audiovisuel, des intervenantes en action communautaire, ou des “vidéastes”, terme qu’on nous a déjà accolé pour faire pendant à celui cinéaste? On est un peu tout cela à la fois, mais aucune de ces étiquettes, prises isolément, ne traduit avec justesse notre réalité professionnelle.

Dans notre paperasse officielle et dans les nombreuses demandes de subvention qu’on remplit cha­que année, on se présente habituellement comme un centre de production et de diffusion/animation de vidéos réalisés pour/par les femmes. Question d’habitude et de for­malité! Si Vidéo Femmes voyait le jour aujourd’hui, tout probable qu’on se définirait comme “un collectif féministe d’intervention vidéo”, ou quelque chose du genre. Mais il y a six ans, ce genre de vocable n’était guère “à la mode”!

Mieux que n’importe quel terme ou définition, un bref aperçu de la petite histoire de notre centre vous permettra de bien cerner l’esprit et la philosophie qui animent notre travail de création et de produc­tion.

Tout a commencé en 1974, à l’is­sue d’un festival de films de fem­mes qui a laissé à notre groupe le nom de La femme et le film qu’on lui a connu jusqu’à tout récem­ment. Bien que ce nom nous ait suivis pendant plus de cinq ans (notre second baptême admi­nistratif remonte à quelques semaines seulement), il importe de préciser que notre choix de vidéo comme moyen d’expression et de communication a été arrêté de façon claire et définitive dès la fon­dation officielle de notre centre.

Des sept femmes qui composent l’équipe actuelle de Vidéo Fem­mes, nous sommes trois à avoir participé à sa mise sur pied. De for­mations diverses, nous avions toutes en commun le goût de nous tailler un métier à notre mesure — un métier qui laisse place à l’imagination et à la création —, et celui aussi d’apprivoiser la techni­que au profit de l’amélioration des rapports sociaux et humains et de la qualité de vie en général.

Notre option “vidéo” a bien sûr été motivée par l’accessibilité technique et financière de ce nouveau médium (à l’époque, il n’y avait pas encore bien longtemps que la magnétoscopie légère avait fait son apparition sur le marché québécois de l’audiovisuel), mais également parce qu’on voyait là un outil privilégié d’intervention et d’animation sociale.

On s’est donc initiées aux techni­ques magnétoscopiques par un apprentissage “sur le tas” en allant puiser à toutes les sources possi­bles et imaginables les argents nécessaires à l’installation de notre centre et au financement de nos productions. Quand on songe au­jourd’hui à ce que furent nos débuts et à toute l’énergie qu’on a pu dépenser pour donner corps à notre projet, on n’en revient pas d’être encore là six ans plus tard. Il fallait être un peu “folles et mania­ques” pour se lancer dans une telle aventure sans un sou en poche… L’accessibilité financière du vidéo, vous savez, ça reste un terme bien relatif! Mais notre “folie” a eu raison des nombreuses contraintes matérielles et financières auxquelles on s’est butées.

D’abord implanté dans le quar­tier St-Jean-Baptiste où on a produit quelques vidéogrammes sur différents thèmes reliés aux conditions de vie de ses résidents, notre centre s’est bien vite orienté vers la production exclusive de vidéos sur la condition féminine. On voulait ainsi participer à notre façon à ce vaste et profond mouve­ment de remise en question provo­qué par les femmes dans tous les secteurs de la société.

De trois qu’on était au début, notre noyau de base s’est bien vite élargi à cinq, puis plus récemment à sept. Selon les productions en cours, d’autres femmes et quel­ques hommes à l’occasion sont venus se greffer à notre équipe pour des laps de temps plus ou moins longs.

À force de bénévolat, et d’innombrables demandes de subventions, lesquelles bien sûr ne nous ont pas toujours été accordées, on a atteint après deux ou trois ans un rythme de production assez soutenu et développé un réseau de diffusion et de distribution qui a maintenant ses ramifications à travers tout le Québec… et même au-delà de nos frontières. L’équipe Vidéo Femmes a ainsi réalisé et produit plus d’une quinzaine de documents vidéo sur la condition des femmes et sur les rapports hommes-femmes, et assure au­jourd’hui la distribution de quel­que cinquante autres productions réalisées par d’autres groupes d’intervention vidéo ou individus. Toutes nos productions, comme la majorité de celles qu’on diffuse, ont été conçues comme des outils de sensibilisation et d’animation, et sont presque toujours utilisées à cette fin par les groupes et organismes qui nous en font la demande. Pensons à CHAPERONS ROUGES, D’UN 8 MARS À L’AUTRE, HISTOIRE DES LUTTES FÉMINISTES AU QUÉBEC et à la série VIOLENCE ET SEXUALITÉ.

Si nos préoccupations féministes et notre volonté de faire avancer le débat sur toute la question des relations hommes-femmes restent le principal leit­motiv de nos différentes activités, l’effort de création et d’imagination que nous demande notre travail de production joue aussi pour beaucoup dans notre engagement à Vidéo Femmes. Une bande sonore, un cadrage et des mouve­ments de caméra, un montage audiovisuel, ça se fignole en vidéo comme en cinéma, et c’est vraiment à tort qu’on associe le vidéo à des productions ternes et stati­ques. Les possibilités techniques que nous offre ce médium ne rivali­sent peut-être pas avec celles que nous offrirait le cinéma (et c’est en­core drôle!), mais il ne nous en ouvre pas moins des champs d’exploration, de découverte et d’invention d’une infinie mul­tiplicité.

Plus facile à apprivoiser que la technique cinématographique, le vidéo nous permet en outre d’être présentes à toutes les étapes de la production, allant de la recherche au montage, en passant par le tournage et l’animation. Selon les productions en cours, les initiatives et les disponibilités de chacune des membres de l’équipe, on assume toutes ces différentes fonctions à tour de rôle, et on tient beaucoup à ce mode de fonctionnement, le­quel nous a permis par le passé un partage des connaissances des plus enrichissantes et nous en promet sûrement autant pour l’avenir.