La Cinémathèque québécoise

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Des cinéastes québécoises anglophones

Ce texte tente de faire l’inven­taire de la production cinématographique récente des femmes anglophones de Montréal. Au cinéma, on trouve des femmes à tous les paliers, dans tous les métiers. La majorité se perçoit en tant que féministe et plusieurs es­saient de faire passer leurs préoc­cupations dans leurs films. La variété de sujets abordée par les films dont je parle est vaste et leur somme constituerait sûrement une matière première très utile.

Lorsque j’ai commencé la recherche pour cet article, je pos­sédais peu d’informations. Toutefois, en commençant à re­joindre les gens et à les question­ner, j’ai vu des liens et des chaînes se former et une sorte de réseau émerger. Je ne prétends pas que le résultat soit complet. Au contraire, une longue enquête s’imposerait.

Cet article couvre quatre domaines: le film politique, avec comme exemple le film bilingue sur les femmes des grévistes de Inco à Sudbury; le cinéma indépendant; la participation des femmes au long métrage produit dans le privé; et les femmes travaillant à l’ONF au Studio D et en dehors du Studio D.

MAUD LEWIS : A WORLD WITHOUT SHADOWS de Diane Beaudry Cowling © ONF
MAUD LEWIS : A WORLD WITHOUT SHADOWS de Diane Beaudry Cowling
© ONF

Le film politique

WIVES TALES / HISTOIRES DE FEMMES (titre provisoire) parle de l’expérience vécue par les femmes des grévistes de l’Inco à Sudbury. Il montre comment elles se sont mises ensemble pour organiser l’appui à cette lutte et leur par­ticipation à la grève.

“Leur rôle actif dans cette grève leur a gagné un respect qui leur était depuis longtemps dû de la part de leurs maris, de leur milieu et du mouvement des femmes, sur­tout à cause de la façon dont elles s’y sont prises pour apaiser les ten­sions et consolider le tissu social de leur milieu. Cela leur a donné une nouvelle confiance dans leurs propres capacités et de l’ex­périence pour prendre la parole en public et voir aux affaires des syn­dicats, ce qu’elles n’avaient jamais rêvé de posséder auparavant” (les cinéastes).

Six mois après le règlement de la grève, les cinéastes retournèrent à Sudbury interviewer les femmes qui jouaient un rôle important dans le film. De cette manière le film témoigne du sentiment de vide qui en anime plusieurs alors qu’elles essaient de réaligner leurs énergies et de combattre contre un ‘retour aux cuisines’. Le film montre ainsi que leur vie a changé du tout au tout à cause de leur par­ticipation à la grève.

Ce film est réalisé par Sophie Bissonnette, Joyce Rock et Martin Duckworth, et produit par Arthur Lamothe; 15,000 $ furent disponi­bles durant le tournage et depuis, le film a reçu l’aide du Conseil des arts, de l’institut québécois du cinéma et de Radio-Québec. Pour correspondre à la réalité de Sud­bury, le film fut tourné en français et en anglais. On prévoit que ce long métrage sera terminé en juillet.

Le cinéma indépendant

Tanya Tree travaille à trois pro­jets de film en plus d’écrire un scénario qu’elle espère réaliser. Elle termine actuellement un film expérimental, BLUE AND ORANGE (couleurs et noir & blanc, 20’). Son deuxième projet, un film d’une heure destiné à la télévision, WOMEN OF TWO WORLDS, se veut une étude anthropologique d’une famille grecque de Montréal. Finalement, au fur et à mesure qu’elle a du temps et de l’argent, Tanya Tree travaille à PEACE AND FREEDOM, une histoire du mouve­ment des femmes pour la paix. Ajoutons qu’elle assiste le producteur du film toujours en chantier THE INCREDIBLE MRS. CHADWICK.

Lois Siegel est une autre cinéaste mêlée à plusieurs projets. Comme on trouvera un peu plus loin sa biofilmographie, signalons seulement qu’elle termine un film de 40 minutes, CHOCOLATE CAKE, une de ses premières oeuvres d’après un scénario détaillé, et un documentaire noir et blanc sur un groupe d’enfants aveugles qui possèdent d’autres infirmités et qui ont formé un ensemble de percussions, et qu’elle effectue présentement la recherche pour un documentaire sur une famille de cascadeurs.

Les femmes dans l’industrie privée

Même si plusieurs femmes qui travaillent sur des longs métra­ges ne sont pas impliquées, com­me telles, dans une ‘pratique cinématographique féministe’, il est important de connaître le genre de travail que des femmes effec­tuent dans un domaine où elles veulent gagner leur vie et faire carrière. Ces femmes encouragent particulièrement les autres femmes à faire face à l’industrie et à remet­tre en question les rôles masculin-féminin qu’on y retrouve.

Anne Henderson est une monteuse qui a déjà travaillé à l’ONF (THE RIGHT CANDIDATE FOR ROSEDALE) et qui travaille actuellement sur des longs métrages : première assistante monteuse sur AU REVOIR A LUNDI et monteuse sur TRAIN TO TERROR (titre provisoire). Elle fait remarquer que, même si plusieurs femmes œuvrent dans le long métrage au Québec, elles sont la plupart du temps cantonnées dans des postes traditionnellement ‘féminins’ : maquillage, accessoires, costumes.

Ann Pritchard est directrice ar­tistique, une position qu’occupe rarement une femme au Québec.

Bonnie Andrukaitis est une as­sistante à la caméra formée à l’ONF devenue pigiste. Elle vient de ter­miner au studio C de l’ONF BIG MILLER (un film où incidemment elle était la seule femme). Elle a aussi acquis de l’expérience dans des longs métrages comme DIRTY TRICKS, CRUNCH et BABE. Elle a l’impression que les femmes se cherchent de l’emploi et en trou­vent dans des domaines autres que ceux occupés traditionnelle­ment par des hommes parce que, culturellement, elles continuent d’être mystifiées par la technologie du cinéma. Avec un accès plus facile à ces métiers, la disponibilité des équipements et de meilleures possibilités de for­mation, les femmes prendront leur place dans les domaines techniques du son et de l’image en plus des autres postes plus importants : réalisation, régie, etc.

Le Studio D de l’Office national du film

Le Studio D est né de la fièvre qui entourait l’Année inter­nationale de la femme et de l’im­pact public formidable, à la grandeur du pays, de la série de Kathleen Shannon, Working Mothers, qui trace des portraits de femmes au travail qui attirent non seulement les femmes, mais aussi les hommes et les enfants.

Le Studio D est une section de la production anglaise de l’ONF. Il ap­porte au cinéma le point de vue des femmes sur toutes les questions d’envergure sociale. Il comble les besoins spécifiques en information des auditoires féminins et fournit aux femmes la possibilité d’exprimer et de développer leur potentiel créateur à travers le cinéma. Le Studio D procure aux femmes un lieu où elles peuvent travailler ensemble dans une at­mosphère collective de support mutuel. Une publication du studio affirme : “Nous reconnaissons le féminisme comme une force politi­que importante qui doit recevoir un appui et une mise en lumière con­tinuels”.

Le travail du studio se base sur des principes établis d’abord pour le programme Challenge for Change / Société nouvelle : faire des films avec le peuple et pour­suivre des objectifs communs aux cinéastes et aux gens qu’on filme.

Les relations entre le studio, les groupes de femmes, les groupes communautaires, le public féminin et le public en général sont ex­cellentes. Toutefois, malgré sa réputation grandissante et sa reconnaissance en tant qu’unité nécessaire et bien établie même, le studio a été affecté par les récents problèmes financiers de l’ONF. Kirwan Cox raconte dans Letter from Siberia (avril 80) : “L’automne dernier, dans le cadre des pres­sions effectuées à l’occasion des problèmes budgétaires de l’ONF, 168 lettres furent envoyées au Secrétaire d’État pour appuyer les femmes de l’ONF et les groupes féminins comptent maintenant parmi les plus ardents partisans de l’ONF après les groupes pédagogi­ques. Le Studio D a-t-il sauvé l’Of­fice?”

Un des projets que chérissent actuellement les femmes du Studio D, c’est de réaliser une oeuvre collec­tive, une courtepointe pour ainsi dire, comme lorsque traditionnelle­ment des femmes travaillent ensemble. Voyons maintenant quelles sont les oeuvres en chantier au studio.

Diane Beaudry vient de terminer AN UNREMARKABLE BIRTH, un documentaire sur la naissance vu du point de vue des parents et qui soutient que les parents doivent être informés et avoir le choix des circonstances de l’accouchement. Elle a deux films au montage : LABRADOR CITY, EQUAL OPPORTUNITY, sur une ville minière où tous les postes sont ouverts aux femmes, et LAILA, le portrait d’une plâtrière tireuse de joints. Elle travaille aussi à la recherche pour un film sur le divorce qu’elle veut réaliser à la production française.

Dorothy Todd Hénaut a d’abord travaillé durant huit ans à Challenge for Change où elle coréalise VTR ST-JACQUES, met sur pied des projets de vidéo communautaire, est responsable du bulletin d’information de Challenge for Change et produit des films de Bonnie Klein. Par la suite elle s’oriente vers la réalisation et aborde plusieurs thèmes touchant aux énergies nouvelles, à la santé et à la nutrition. Dorothy Hénaut se définit comme une “écoféministe” qui essaie de centrer ses projets cinématographiques autour de thèmes précis. On trouvera un peu plus loin sa biofilmographie.

On trouvera aussi plus loin un texte sur Bonnie Klein. Disons seulement qu’elle prépare un film, CELEBRATION (titre provisoire) qui énoncera un point de vue féministe sur la pornographie en même temps qu’il en constituera une étude.

Beverley Shaffer, qui a gagné un Oscar avec I’LL FIND A WAY, pour­suit son travail dans la série Children of Canada où l’on retrouve MY NAME IS SUSAN YEE et BENOIT. Elle a actuellement en production deux films sur des familles du Cap-Breton et de Terre-Neuve.

Nous avons déjà parlé de Kathleen Shannon à propos de la série Working Mothers. Personne essentielle dans la croissance du Studio D, elle y est actuellement productrice déléguée. Son projet en cours, réalisé par Virginia Stikeman, traite des femmes et de la révolution au Nicaragua. Sa filmographie récente comprend les titres suivants : GOLDWOOD, “AND THEY LIVED HAPPILY EVER AFTER” (avec Irene Angelico et Anne Henderson) et OUR DEAR SISTERS.

On doit à Margaret Wescott EVE LAMBART, un portrait de la célèbre animatrice de renommée internationale, collaboratrice de McLaren, qui vit maintenant en demi-retraite à la campagne. Elle a aussi travaillé avec Luce Guilbeault sur SOME AMERICAN FEMINISTS, un regard intime sur les expériences, les idées et les senti­ments des principales féministes américaines.

Ailleurs à l’Office national du film

Il convient de mentionner le travail effectué par des femmes en dehors du Studio D. Ann Pearson (qui a coproduit PATRICIA’S MOVING PICTURE, produit des CANADA VIGNETTES et fut directrice au Studio D du projet Women’s Archivai Film) a réalisé, photographié et monté au Studio G un film fixe sonore sur l’écrivaine Margaret Laurence. On lui doit aussi EQUAL PAY FOR WORK OF EQUAL VALUE commandé par la Commission fédérale des droits de l’homme.

Au Studio G, spécialiste des ensembles multimédia, Eva Zebrowski a réalisé un film fixe sur la ballerine Karen Kain et Irene Angelico sur l’artiste et réalisatrice canadienne Joyce Wieland. Norma Baiîey travaille présentement à un documentaire produit par Wolf Koenig et Roman Kroitor, NOSE AND TINA. Veronika Soul, dont on trouvera plus loin une biofilmographie, prépare un clip universel, techniquement assez complexe, qui servira à la publicité de l’ONF ici et à l’étranger. Susan Trow s’est surtout spécialisée com­me assistante à la caméra et a fait récemment l’image du film produit au Studio D par Bonnie Klein, CELEBRATION (titre provisoire). Joan Henson, qui a déjà fait du montage (entre autres les films de Robin Spry ACTION et REACTION) et de la réalisation (FIRST BORN) vient de terminer un film sur le système politique canadien au Studio C, section documentaire, en plus d’un bon nombre de vignettes produites par Dorothy Courtois. Finalement mentionnons Malca Gillson qui a commencé au mon­tage sonore, est passé au montage image et à la production avant d’accéder à la réalisation. Son oeuvre la plus récente s’intitule THE LAST DAYS OF LIVING, un moyen métrage sur le Service des soins palliatifs au Royal Victoria Hospital de Montréal.

En conclusion, je dois faire remarquer que cet inventaire ne prétend pas à l’exhaustivité; loin de là. Il faut encore encourager, ap­profondir et parler de l’expérience des femmes et de la perspective féminine au cinéma. En fait il faudrait encore creuser plusieurs sujets comme les problèmes ren­contrés par les cinéastes anglophones au Québec, le problème de développer une es­thétique féministe, etc. Ce type d’études pourra contribuer à haus­ser le débat sur ce qu’actuellement certaines femmes considèrent comme “une crise du cinéma féministe”.

Traduit de l’anglais