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« L’acteur n’a aucun pouvoir » (Pierre Curzi répond à quelques questions)

Frédérique Collin et Pierre Curzi : LES ALLÉES DE LA TERRE de André Théberge
Frédérique Collin et Pierre Curzi : LES ALLÉES DE LA TERRE de André Théberge
© ONF

Quand on parle de pouvoir, on parle de pouvoir économique, politique, re­ligieux, scientifique; on parle d’un ensemble de phénomènes concrets et d’une masse de personnes affectées par ce pouvoir.

S’il existe une telle notion que le “pouvoir artistique”, l’acteur en est exclu par son statut d’interprète. L’ac­teur n’a aucun pouvoir.

Au mieux on peut dire qu’être acteur, c’est tenter d’exister aux yeux des autres. Dans la mesure où l’acteur réussit, il “représente” pour les autres “quelque chose”. Il remplit à ce moment-là sa fonction. En incarnant un personnage, il devient un des rouages de l’imaginaire collectif.

Je sais que je réponds abstraitement à une question qui se voulait plus simple. Effectivement, si nous parlons du travail de l’acteur, il a certains petits pouvoirs qui varient selon le contexte et selon sa volonté person­nelle. Au cinéma, il a la responsabilité intérieure de son personnage, mais il en contrôle plus ou moins son extério­risation. Il porte une partie plus ou moins grande du sens final de l’oeuvre. L’importance relative de ce pouvoir dépend de plusieurs facteurs: la di­vision du travail sur un plateau de cinéma, les relations qui le lient au réalisateur, le langage cinématogra­phique et son application et tout ce qui s’appelle pré ou postproduction.

Bref, si un acteur se contente de jouer son rôle, il n’a aucun pouvoir. S’il déborde de sa fonction première, il peut influencer un film. Mais s’il veut du pouvoir, il doit s’associer autre­ment au projet filmique; il le fait souvent par l’écriture, comme scéna­riste, ou alors il devient lui-même réa­lisateur. Au Québec, on peut ajouter qu’il aurait peut-être intérêt à devenir producteur.

Quant aux deux autres questions, comment on pénètre un rôle et ce que c’est qu’un bon directeur d’acteurs, je n’ai pas la prétention d’y répondre. Je n’ai, à ces sujets, que des opinions et des pratiques personnelles.

Je n’ai pas d’affection pour la fabrication en série de produits culturels vendables, mais je ne les juge pas non plus du haut d’une moralité exem­plaire. Mon plaisir est juste plus grand lorsque mon travail s’inscrit dans une aventure collective et créatrice.

Pierre Curzi