La Cinémathèque québécoise

Collections en ligne

Ce site est rendu possible grâce à la fondation Daniel Langlois

Anciens périodiques

Dernier hoquet, infarctus funeste

Venons-en donc à L’ESPRIT DU MAL. De 1938 à 1946, Henry Deyglun fait jouer sur les ondes de Radio-Canada son plus célèbre radioroman : VIE DE FAMILLE. De ce radioroman, il tire au fil des ans plusieurs pièces de théâtre: L’ESPRIT DU MAL est une de celles-là 1. À la demande de Frontier Films, Deyglun adapte sa pièce, mais en modifie complètement les noms et l’intrigue; c’est pourquoi on parle d’un scénario original de l’au­teur. Cette fois-ci, la réalisation est confiée à un Québécois, Jean-Yves Bigras. Le 21 septembre, selon les bonnes vieilles habitudes, le tournage com­mence par les intérieurs au studio Renaissance. Trois semaines en tout. Puis une semaine en extérieurs. Ce qui veut dire que vers le 21 octobre, tout est terminé.

Dès le mois de novembre, Le Courrier du cinéma amorce sa campagne publicitaire et annonce que le film prendra l’affiche à la mi-janvier, 2 Mais c’est le 26 février 54 que le film connaît sa première. Or voilà que se produit un pépin. Pour la première fois de l’histoire des premières au St-Denis, la salle est à moitié vide, et ce malgré la non-majoration des prix. Scandale. Certains écrivent que DeSève a mangé ce soir-là sa claque, ce qui l’a amené à partir immédiatement après le film, sans assister à la réception prévue. Est-ce la télévision qui est le grand responsable de ce four? On ne le sait. Pourtant les communiqués de France-Film étaient de la même eau que pour les films précédents :

2004_0491_PH_01
Coll. Cinémathèque québécoise

 « Le mal est un poison qui ronge le cœur des humains et nul ne peut être heureux s’il est pénétré de l’Esprit du Mal. Tel est le thème de cette nouvelle production canadienne qui marque un nouvel effort de notre cinéma natio­nal. L’ESPRIT DU MAL connaîtra une belle carrière car il offre au public des éléments dramatiques d’une grande intensité. L’histoire est celle d’un mariage machiné par une femme avide d’argent. Le mariage n’aura pas lieu car l’esprit du mal ne doit pas avoir raison de l’amour et du libre choix des êtres. Toutefois le film nous fera voir quelles odieuses machinations une femme peut inventer pour associer sa belle-fille à une combinaison financière n’ayant rien à voir avec le sentiment, l’idéal et la beauté. »

Ginette présente Pierre à ses parents
Ginette présente Pierre à ses parents
Coll. Cinémathèque québécoise

Après une si piètre première, la carrière du film augure mal. Effecti­vement il ne tiendra l’affiche qu’une semaine. Mais comment la presse traite-t-elle cette fois la nouvelle production nationale?

Notre quinzième production

« Nous voici donc devant le quinzième film réalisé dans la province de Québec. Le cinéma, qui est en état de crise un peu partout dans le monde et qui voit ses salles quasi vides en soirée (la télévision, naturel­lement), recrute quand même dans cette province des gens d’initiative et courageux, décidés à produire dans des conditions difficiles des ouvrages qu’ils veulent populaires. Nous ne sommes ni en France ni en Italie, nous ne visons pas à atteindre la production des René Clair, des Carné, des Cayatte…

Connaissant les limites de leurs moyens techniques et financiers… les commanditaires producteurs ont fait de leur mieux en des conditions qui eussent pu en décourager bien d’autres. Ils n’ont pas cherché à épater la petite galerie des toujours insatisfaits ou à tourner un film de festival inter­national. Leur unique but était de présenter un film honorable : ils ont réussi mieux que cela. LA PETITE AURORE et COEUR DE MAMAN étaient nettement du mé­lodrame. L’ESPRIT DU MAL est avant tout de l’action et de l’aventure.

Le genre n’est pas le plus facile à réussir, car il exige une caméra souple, un sens aigu du rythme, de la concision, du ramassé et une apti­tude à mener l’action par les chemins de l’imprévu vers un dénouement qui doit l’être tout autant. Eh! bien MM. Bigras et Borrodaile doivent être félicités. De l’action, ils nous en mettent plein la vue. La séquence de l’accident d’avion est, à ce titre, irréprochable. Le suspense dont on parle tant, on l’a ici. De même pour toutes les scènes du dénouement, qui multi­plie les morts à une cadence qui ne fait pas sourire.

En quinze films nous avons donc appris une grande loi du cinéma : les images et les mots doivent servir d’abord l’action. Une amélioration capitale ».

Léon Franque, La Presse 27-2-54 3

Beaucoup de mal… pour peu d’esprit

« Avec L’ESPRIT DU MAL, la période “obscurantiste” du film ca­nadien prend fin. Nous étions au Moyen-Âge. La Renaissance n’est pas loin.

Le public en effet, a manifesté hautement qu’il ne marchait plus. Que les imbécilités qu’on lui servait régulièrement, depuis cinq ans, il ne voulait plus les avaler.

Qu’à l’avance, il savait que L’ES­PRIT DU MAL ne valait rien.

Dans tout cochon de payant, il y a un homme d’esprit qui sommeille.

Le public s’est heureusement ré­veillé.

Il a suffi que Mme Seaborn tour­nât deux films pour que le (mauvais) cinéma canadien s’effondre.

Il n’a pu résister à autant de médiocrité.

Je ne sais pas si Mme Seaborn osera faire encore du cinéma. Si elle persévère, il faudra croire que son cas relève de la manie et parler de Mme Seaborn non pas dans une chronique des spectacles, mais dans un journal de psychiatres.

Le spectacle qu’elle donne dans L’ESPRIT DU MAL dépasse tout ce qu’on peut imaginer : un sourire d’éternelle hébétée, une élégance d’Hottentote qui s’habillerait chez Woolworth, des notions d’art drama­tique puisées au décrochez-moi-ça des Brichanteau de tournée…

Et elle parle la langue de Racine, il faut entendre comme!

À faire rougir M. Corey Thomson lui-même. Brrr…

Tournons la page. Oublions ces gens de cinéma qui se donnent telle­ment de mal pour mal faire. Et faisons confiance au public qui a plus d’esprit, en définitive, que l’on se plaît à l’imaginer en haut lieu ».

A.R. (Roche?) Allô-Police 14-3-54

Comme on peut le deviner, la pauvreté de cet échantillonnage critique reflète le quasi-silence de la presse, probablement fort mal à l’aise devant le petit dernier du cinéma québécois, et n’osant pas, pour la quinzième fois consécutive, parler de « pas en avant » et de « bon augure pour l’avenir ». Comme l’a si bien pressenti le journaliste d’Allô-Police, avec ce film, le cinéma québécois s’est effondré.

Rosanna Seaborn et Marthe Thiéry
Rosanna Seaborn et Marthe Thiéry
Coll. Cinémathèque québécoise
La mère vient présenter sa fille à Johnny McDonald
La mère vient présenter sa fille à Johnny McDonald
Coll. Cinémathèque québécoise

L’ESPRIT DU MAL/ LE TRIOMPHE DU COEUR (1953)

noir et blanc, 91 min. 55 sec. (8273’)

Réalisation : Jean-Yves Bigras. Scénario : Henry Deyglun, d’après sa pièce l’esprit du mal. Direc­teur de la photo : Osmond H. Borrodaile. Caméraman : M. Jackson Samuels. Dialogues : Louis Pelland. Montage : Anton Van de Water. Assistante réalisatrice : Irène Zerebko. Maquillage : Denyse Ethier. Scripte : Huguette Schmidt. Ingénieurs du son : Marc Audet, André de Tonnancourt. Accessoiristes : Lucien Desmarais. Pierre Delanoë. Décors : Jacques Pelletier. Costumes : Régor. Les robes de M. Thiéry : Jane Harris. Directeur musical : Jean Deslauriers. Producteur délégué : Richard Mingo-Sweeney. Production : Richard Jarvis. Chef électricien : John Sawyer. Directeur de production : Frank Harris.
Interprétation : Rosanna Seaborn (la mère), Roger Garceau (J. Brassilov), Denyse St-Pierre (Gi­nette), Pierre Valcour (Pierre), Marthe Thiéry (Mme McDonald), Camille Ducharme (le père), Edouard Woolley (M. McDonald), Christiane Ranger, Josée Vincent, Robert Rivard (Johnny), Jean-Marc Morrissette, Paul Blouin, Pierrette Lachance.

Les techniciens sont affiliés à l’IATSE.

« Au revoir… bonnes vacances!

Grande animation dans les corridors. Les religieuses éprouvent du chagrin et se font du souci pour les élèves qui quittent l’institution pour n’y plus revenir. C’est la vie qui, désormais, sera le guide de ces jeunes coeurs quelles ont formés. Mais ce sera toujours ainsi: l’adolescente d’hier est devenue une grande jeune fille qui veut mainte­nant battre de ses propres ailes et mériter elle-même sa part de bonheur.

Observons l’une de ces grandes… Ginette Trudeau, aidée du bon « père » François, le portier du couvent, met la dernière main à ses bagages en compagnie de sa cama­rade Maguy. L’une et l’autre ont terminé leurs études et doivent se séparer. Se retrouveront-elles dans la vie? C’est bien possible: toutefois, elles se rendent compte qu’elles sont arrivées à un terme de leur vie de jeune fille et que l’existence leur impose une première brisure. Le ‘père’ François, qui est un peu fureteur, a vite fait de repérer des photos dans la chambre de Ginette. Des photos d’hommes, bien sûr. Ne nous alarmons pas. Il s’agit du père de Ginette et d’un ami d’enfance, Pierre Richard. À l’uniforme de ce dernier, on se rend compte qu’il est pilote d’aviation. Le « père» François voudrait en savoir plus long, mais Ginette est demandée chez la mère surveillante de l’institution et ne peut satisfaire la curiosité du brave homme qui aura, pour lui-même, la réflexion suivante: « C’est donc fin à cet âge-là… et dire que ça va se gaspiller en femme mariée!» Père François est-il un philosophe qui s’ignore?

Entre Ginette et la mère surveillante la conversation est courte, mais nourrie. On y apprend que le papa de Ginette s’est remarié en secondes noces. Cette belle-maman. Ginette la connaît à peine ne l’ayant qu’entrevue aux vacances de la Noël. On y apprend, en outre, que les affaires du papa de Ginette ne sont pas florissantes. Si elles l’étaient… la note de pension ne serait pas en souffrance depuis plusieurs mois. La joie du retour à la maison est déjà ternie pour Ginette: les mauvaises affaires de son père et cette femme inconnue qu’il faudra apprendre à aimer. C’est la vie qui com­mence qui lui apparaissait pourtant si belle!

C’est maintenant la gare de la grande ville. Coïncidence, maladresse, moquerie du destin, qui pourrait dire? Quoi qu’il en soit Ginette ne verra pas sa belle-maman, venue à sa rencontre, mais en retard et elle rentrera chez son père en compagnie d’une camarade de couvent.

Mme Virginie Trudeau est une femme étrange. Arriver en retard pour recevoir la fille de son mari est déjà l’indication d’un comportement inusité. Mais observons là maintenant à la gare où elle fait la rencontre de M. et Mme Mac Donald et de leur fils Johnny de même qu’un certain Paul Martin qui au décès de sa femme, vague com­tesse russe, a pris le nom de Brassilov. À chacun sa façon de posséder un blason.

Les Mac Donald appartiennent à la bonne société et sont immensément riches. Ce qui ne gâte rien. En outre, Virginie Trudeau est la cousine de M. Mac Donald. Parenté dont ce dernier ne se glorifie guère, mais parenté quand même. De cette ren­contre Virginie entend profiter au maximum. Cette femme est rongée par un vice in­curable: l’ambition, et le mot ‘argent » exerce sur elle une fascination dont elle ne peut se défendre.

L’entretien entre les Mac Donald et Virginie Trudeau n’aura rien d’amical, tout au plus correct.

Quelques minutes plus tard, c’est l’arrivée de Ginette au foyer où son père la reçoit avec effusion. M. Trudeau a été malmené par l’existence; ses affaires, la mise en valeur d’une mine, n’ont pas réussi. Sa carrière est terminée et ses efforts se traduisent par un échec. Ginette est prête à tous les sacrifices; n’a-t-elle pas toute une vie devant elle?

Mais Mme Trudeau ne voit pas les choses de la même façon. Elle rage de vivre dans la pauvreté; elle en veut à l’humanité, à son mari surtout d’être réduite à une quasi misère et elle est bien décidée à tout, à n’importe quoi, pour satisfaire ses ambi­tions.

Que celles-ci soient disproportionnées et qu’elles ne cadrent plus avec son rôle de femme auprès d’un homme qui a besoin d’appui et d’affection, ne pouvant plus re­prendre la lutte, Mme Trudeau ne se soucie guère de cela. Mme Trudeau ne veut rien donner: elle entend tout recevoir. Étrange femme! Quel ‘esprit’ guide donc ses gestes?

L’esprit du mal, peut-être! Mais n’anticipons pas. Froide calculatrice, elle n’aura pas mis de temps à informer Ginette de l’affreux état des affaires de son père. Une machination prend forme dans son cerveau. Ginette est belle, gentille, jeune. Il faut marier Ginette au plus tôt. Mais attention: ce sera un mariage à l’avantage de Virgi­nie Trudeau. Donc un mariage d’argent. L’amour de Ginette pour ce petit pilote. Pierre Richard, mais c’est de la dernière sottise!

Pierre et Ginette s’aiment: c’est évident puisqu’ils ont des mots aigres-doux dès leur première rencontre. Le jeune pilote revient du Grand Nord où il a découvert un filon minier probablement d’une grande richesse. Ginette admire ce grand jeune homme déjà expérimenté dans les affaires. Elle l’admire tellement (l’admiration, n’est-ce-pas l’amour?) qu’elle lui sautera au cou pour l’embrasser et cette première rencontre de la couventine revenue au foyer et du pilote revenu du Grand Nord aura la signification d’un pacte. Scellé par quatre lèvres.

Virginie Trudeau n’a pas perdu son temps. Nous la retrouvons chez les Mac Donald avec son mari. Virginie Trudeau cherche à briller: elle y réussit. Seulement ce ne sont pas les Mac Donald qui se laisseront prendre à ses éclats, mais Brassilov.

Celui-ci habite chez les Mac Donald étant le professeur d’escrime du jeune Johnny Mac Donald. C’est un aventurier de petite classe, pas moins dangereux pour cela. Il a été ‘épaté’ par Virginie Trudeau dont il a rapidement compris le jeu. Mieux encore il a compris les intentions de cette femme qu’il a surprise à tricher aux cartes. Il n’hésite pas à le lui dire et Virginie Trudeau démasquée, opère un rapide réta­blissement. Au lieu de souffleter Brassilov à la figure, elle lui propose un marché. Ils seront associés et puisqu’il s’agit de rouler les Mac Donald autant frapper un gros coup: il y en aura pour deux. Marché conclu.

L’esprit du mal a fait se rencontrer deux âmes damnées.

L’esprit du bien, heureusement veille. Nous allons apprendre que Pierre a fait une découverte réellement sérieuse aux considérables possibilités d’exploitation.

Cette fois c’est la panique chez l’ignoble femme. Elle n’a pas dit son dernier mot, cependant. Hélas, M. Trudeau est démuni de fonds et sa femme, flairant une menace à ses propres plans, va tout mettre en œuvre pour que la nouvelle tentative minière de son mari échoue. Ce qui l’intéresse, c’est une rencontre entre Ginette et Johnny Mac Donald. Virginie Trudeau, qui ne craint personne, signifie son congé à Pierre.

Quelques jours plus tard, Ginette qui ignore tout des machinations de sa mère et de son geste à l’endroit de Pierre, est présentée chez les Mac Donald. Le fils Mac Donald, qui était à prendre sa leçon d’escrime sous la conduite de Brassilov, vient saluer Ginette qui s’étonne tout de suite du comportement du jeune homme. On dirait un adolescent dont la croissance intellectuelle s’est subitement arrêtée. L’observation de Ginette n’est que trop juste. En effet, Johnny a un cerveau de sept ans dans un corps d’homme parfaitement développé.

Tare physique, tare mentale? Mystère! Mais Johnny est riche… Virginie Trudeau ne voit que cela. L’opinion de Ginette est bien différente: Johnny est un pauvre malade, un fou. Sa belle-mère ne réussira jamais à la convaincre que cet anormal puisse être un fiancé, puis un mari.

Force est donc à Virginie Trudeau de modifier ses batteries. Elle aura recours à Brassilov qui aura mission de réclamer, au nom de Johnny malade, la présence de Ginette chez les Mac Donald. Mais il y a Pierre. Une scène terrible se déroulera entre lui et Virginie en présence de Ginette et de son père.

Pierre souffrira affreusement, mais ne devra plus revoir Ginette. Virginie jubile. Elle gagne la première manche. Gagnera-t-elle la seconde?

L’esprit du mal vient à sa rescousse en lui suggérant un plan diabolique. Elle imagi­nera d’affirmer à Madame Mac Donald que les visites de Ginette à Johnny ont créé un état mental maladif chez la jeune fille (il y a du Brassilov dans cette histoire) et elle réclamera à Mac Donald 5,000 $ pour les soins qui s’imposent. Mme Mac Donald paiera. Avec d’autant moins de suspicion que depuis quelques jours Johnny est extrê­mement agité. Il réclame Ginette et veut s’arracher de son lit de souffrance pour courir chez elle. C’est d’ailleurs ce qu’il fait et sa visite chez les Trudeau produit l’effet de l’arrivée d’un spectre.

Visite dramatique que Virginie va exploiter. À Madame Mac Donald, alertée et ar­rivant chez les Trudeau, elle dira que Johnny, devenu fou furieux a voulu l’étrangler. C’est le scandale. ‘Un fils de famille se porte à des voies de fait sur…’, vous voyez cela dans les journaux, dit-elle à la pauvre mère. Virginie sent qu’elle tient le filon. ‘Je ne dirai rien, je ferai le silence sur cet incident, mais… il faut payer, Madame. 25,000 $!

L’esprit du mal mène soigneusement le bal. Virginie Trudeau en est arrivée à la dernière aberration. Nous disons bien la dernière, car désormais les choses vont tourner au plus mal.

M. Mac Donald a été informé du piège tendu à sa femme et il a pris les grands moyens. C’est la force policière qui recevra Virginie Trudeau lorsqu’elle se présentera à la banque pour encaisser le chèque de Mme Mac Donald. Et, seconde manœuvre de M. Mac Donald: il expédie son fils dans les Laurentides en compagnie de Brassilov. Ce dernier qui sert toujours deux maîtres a versé le cautionnement qui remettra Vir­ginie Trudeau en liberté conditionnelle.

À compter de cet échec, les événements vont se précipiter et Virginie va perdre le pied. Femme monstrueuse, être de proie et de malheur elle sera reniée par son mari qui quitte cette femme sans cœur. Que méritait-elle de plus! Trudeau, en compagnie de Pierre, s’apprête à partir pour les terrains miniers, en avion. Il a laissé à son domi­cile une police d’assurance de 50,000 $ dont elle est la bénificiaire.

Cette fois, l’esprit du mal a imaginé un chef-d’œuvre.

Brassilov, toujours prêt aux pires mauvaises actions, dévissera un boulon de l’avion… et Virginie Trudeau, devenue veuve, partagera l’assurance avec lui. Projet effroyable qui sera réalisé. En partie.

Cette femme va-t-elle donc toujours mener à bonne fin ses maléfiques desseins? Heureusement non. L’heure du châtiment va bientôt sonner.

Celui-ci sera effroyable, sanglant, définitif.

Ne disons que cela, pour l’instant. Bientôt les images du dénouement compléteront notre dernière phrase.

Notes:

  1. Nous ne savons pas la date exacte de la pièce. Le juge Rinfret donne : automne 43 et présen­tation en septembre 49. Or cela est impossible car dès le 3 septembre 43, la pièce est jouée en reprise à l’Arcade.
  2. Doit-on rappeler que presque tous les films de l’époque se sont tournés avec l’appui et l’ap­port financier de France-Film, ce qui fait de cette compagnie un cas unique dans l’histoire du cinéma au Québec.
  3. Signalons que pour toute critique, L’Autorité raille à fond celle de Léon Franque et termine malicieusement ainsi : « Note pour l’enquête de L’Autorité sur le journalisme : le ‘critique’ de La Presse est également, sauf erreur, publiciste de la compagnie France-Film. Honni soit qui mal y pense ».